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Culture - Cimaises

Voyage – photographique – à « Beirutopia »

Pour sa double exposition de photographies et sa performance » – ce soir, à 21h, avec Munma à l’Espace Kettaneh Kunigk (Tanit) – regroupées sous l’intitulé « Beirutopia »*, Randa Mirza croque un portrait incisif de l’avenir urbain de Beyrouth.

Randa Mirza s’est spécialisée dans la mise en abîme photographique.

Randa Mirza, son casque de moto rose, sa frimousse bouclée et sa gouaille ne font qu’une seule et même personne. L’on devrait aussi ajouter, peut-être, l’appareil photo que la jeune fille trimbale comme d’autres s’accrochent à leurs sacs griffés. Mais pas elle. Son trophée à elle, c’est cet outil lui permettant de prendre des prises de vues (au double sens du mot) critiques du monde qui l’entoure. De dire, dans un langage imagé, ce qu’elle pense... tout haut.
Randa Mirza est une photographe, en premier lieu et tout simplement, parce qu’elle utilise un appareil photographique.
C’est une faiseuse d’images, aussi, parce qu’elle manipule le langage visuel pour « mystifier la réalité ».
C’est une artiste, enfin, parce que ce qu’elle cherche à comprendre et traduire, repérer et décrypter, c’est la complexité de son identité personnelle, mais aussi de la réalité sociale, géographique, historique et politique qui l’entoure.
Son propos est double, voire triple. Sa spécialité, ou sa marque de fabrique : la mise en abîme.
Dans ses œuvres précédentes, dont certaines sont des « work in progress », autrement dit toujours en cours d’élaboration, elle a abordé plusieurs thèmes, parfois entrelacés. La guerre, ou la vision qu’elle en a, la mémoire, la violence et le voyeurisme. Les conditions de vie de l’après-guerre, le processus de la reconstruction. Mais aussi les hiérarchies et les « gender roles » dans la société arabe.
Pour son projet actuel intitulé « Beirutopia », l’artiste investit deux lieux : le jardin de Sanayeh, où elle expose des photographies de panneaux publicitaires pour projets immobiliers, et l’Espace Kettaneh-Kunigk, où elle présente le volet intitulé « Remaking the City », comprenant une performance à voir ce soir, à 21h, sur l’esplanade du centre Géfinor, bloc E, rue Clemenceau. Une projection vidéo en live présentée par La Mirza (le surnom de l’artiste) et Munma (Jawad Naufal), donnant la parole « à la ville de Beyrouth en revisitant des repères négligés, dont le Dôme, l’hippodrome, l’Électricité du Liban... »
Côté Sanayeh, donc, c’est tout au long de la clôture extérieure du parc, donnant sur la rue et en face du ministère de l’Intérieur (joli clin d’œil), que Mirza a accroché ses photographies. Qui interpellent le passant et l’induisent, une première fois, en erreur le laissant croire qu’il s’agit là de publicités pour un projet immobilier futuriste qui sera érigé au jardin même. « Zut, se dit-on alors, l’un des rarissimes espaces publics de Beyrouth n’a pas échappé à la boulimie frénétique de la reconstruction. » Mais la présence (salvatrice) d’un texte explicatif précise la visée de l’accrochage. Et souligne que ces images d’immeubles virtuels ont été saisies à travers l’objectif de l’artiste dans leur environnement réel. L’artiste s’est ainsi promenée un peu partout dans la ville, immortalisant sur sa pellicule ces fameux « billboards » apposés in situ par les promoteurs immobiliers pour faire la publicité des tours et autres gratte ciel à venir.
« Ces images construites par les architectes sur ordinateur nous montrent l’immeuble, son intérieur, ses alentours, ses résidents illusoires et leur mode de vie présumé », précise Mirza. Ils sont souvent accompagnés de slogans clichés, faisant l’apologie d’un style de vie idéal (utopique ?) promettant presque le paradis, des lieux de perfection et de délices.
De grandioses fictions architecturales qui, avant de répondre à des besoins, incarnent des valeurs et des vertus.
Ces « images d’un univers ordonné », pour certains, ou « symbole du capitalisme néolibéral et du postmodernisme architectural », pour d’autres, ces tours-objets en verre, lisses et indifférentes à l’environnement extérieur (des dinosaures qui encombrent le ciel de la ville ?), Randa Mirza les oppose au chaos ambiant. Et leur donne ainsi le prétexte de questionner notre rapport à la ville moderne et à son futur développement démographique, technologique, urbain, écologique. Ces panneaux présentent une ville divisée en deux. Un peu à l’image de la mégapole Metropolis de Fritz Lang avec sa ville haute, où vivent les familles dirigeantes, dans l’oisiveté, le luxe et le divertissement, et la ville basse, où les travailleurs font fonctionner la ville.
Beirutopia ? Une œuvre traversée, donc, par la dialectique entre utopie et contre utopie, entre rêve et cauchemar. Quelques grammes de finesse dans un monde de béton brut, en somme.

* « Beirutopia », Jardin de Sanayeh, jusqu’au 8 novembre.
« Remaking the City », à l’Espace Kettaneh-Kunigk, jusqu’au 29 octobre. Vernissage, ce soir, à 20h. Tél. : 01/738706.
Randa Mirza, son casque de moto rose, sa frimousse bouclée et sa gouaille ne font qu’une seule et même personne. L’on devrait aussi ajouter, peut-être, l’appareil photo que la jeune fille trimbale comme d’autres s’accrochent à leurs sacs griffés. Mais pas elle. Son trophée à elle, c’est cet outil lui permettant de prendre des prises de vues (au double sens du mot) critiques du monde qui l’entoure. De dire, dans un langage imagé, ce qu’elle pense... tout haut. Randa Mirza est une photographe, en premier lieu et tout simplement, parce qu’elle utilise un appareil photographique. C’est une faiseuse d’images, aussi, parce qu’elle manipule le langage visuel pour « mystifier la réalité ». C’est une artiste, enfin, parce que ce qu’elle cherche à comprendre et traduire, repérer et décrypter, c’est la...
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