« La Vierge à l’Enfant » permet de redécouvrir tout le talent d’un peintre oublié. Alberto Pizzoli/AFP
Né en 1457 à Prato en Toscane, Filippino est le fruit des amours improbables entre le moine et peintre Fra Filippo Lippi et une nonne carmélite, Lucrezia Buti, qui lui servait de modèle. Artistiquement, « le père de Filippino est son premier maître », explique Alessandro Cecchi, conservateur de l’exposition, qui a choisi d’ouvrir le parcours de la visite avec un superbe « tondo » représentant une Vierge à l’Enfant. Cette « Vierge à l’Enfant avec saint Jean-Baptiste enfant, saint Mathieu, sainte Catherine et deux bienfaiteurs », conservée à l’église Santo Spirito de Florence, figure un Jésus espiègle qui joue avec la petite croix portée par un saint Jean-Baptiste joufflu à l’air moqueur. Une œuvre qui prouve que Lippi est « un grand maître, certainement pas inférieur à Botticelli, et à tort tombé dans l’oubli », déplore le Pr Cecchi, qui met l’accent sur « l’inventivité » de ce peintre que « Vasari (le célèbre auteur des Vies de peintres, NDLR) voyait comme une sorte de prémaniériste ».
À 12 ans, le petit apprenti se retrouve orphelin et atterrit dans l’atelier de la star florentine de l’époque, le grand Botticelli, avec lequel il travaille pendant six ans comme collaborateur, avant de quitter le maestro pour des commandes personnelles à Lucques et San Gimignano en Toscane. Le jeune artiste ne se contente pas d’imiter son maître, comme l’illustre le face-à-face saisissant entre leurs deux versions de L’Adoration des Mages : celle de Botticelli, éblouissante avec ses vêtements chamarrés, qui contraste avec la simplicité dépouillée de Filippino. Un dialogue stimulant.
Première commande importante : la décoration de la chapelle Brancacci de l’église Santa Maria del Carmine de Florence, interrompue à la mort de Masaccio en 1428. Lippi peint en 1484 et 1485 trois fresques du cycle consacré à la vie de saint Pierre et en achève deux autres. On peut y voir entre autres un très bel autoportrait... Puis le marchand et banquier Filippo Strozzi lui commande la décoration de sa chapelle privée dans l’église Santa Maria Novella, toujours à Florence, mais aussi la Madonna Strozzi conservée au Metropolitan de New York et prêtée pour l’exposition. Autre commande en 1488, à Rome cette fois : la chapelle Carafa dans l’église romaine de Santa Maria Sopra Minerva près du Panthéon. Tiraillé entre ces deux grands chantiers, il mettra quinze ans à finir la chapelle du sieur Strozzi, qui mourra sans l’avoir vue achevée.
Autre star de l’exposition, la Pala Nerli, un tableau d’autel restauré pour l’occasion : « Les quatre couches de vernis qui avaient obscurci le tableau au fil des années ont été enlevées, permettant de retrouver la splendeur des couleurs originales », se réjouit Alessandro Cecchi. Au détour de l’exposition, un petit bijou à ne pas manquer : La derelitta (« L’abandonnée ») de Botticelli, un petit format aux coloris pastel d’un modernisme étonnant appartenant à une collection privée, et rarement exposé.
Au total, une quarantaine de tableaux de Lippi et sept de Botticelli ont été réunis aux Écuries du Quirinal, un lieu d’exception accueillant chaque année de grandes rétrospectives de prestige. L’exposition ouverte hier fermera ses portes le 5 janvier. (www.scuderiequirinale.it)
(Source : AFP)

