Élise Pouchelet en scène, accompagnée au oud par Abdelfattah. (Michel Sayegh)
Scène presque nue si ce n’est un seau vide en tôle et un carré de gravier bordant les limites d’un espace où évolue une comédienne (Élise Pouchelet) aux gestes de danseuse flamenco, habillée d’une longue robe verte moulante.
Pluie diluvienne de mots, déferlement de phrases saccadées, pour une prière noire, acide, après quelques pas esquissés avec des talonnettes qui mitraillent et scandent un verbe passionné et houleux. Imprécations, invectives et récriminations d’une femme qui ne peut pas, qui ne veut pas comprendre la guerre. Fureur de femme pour la paix. Elle dit : « Je suis celle qui refuse de comprendre. Comprendre c’est accepter, c’est trahir. Ma fureur est sans gestes, sans coups, sans cris. »
Une femme (mère, fille, sœur, amante, épouse) qui refuse la violence et rêve d’enfants pour une vie paisible et heureuse.
Chapelet de vocables aux images fortes où mort et vie cohabitent, où guerre et paix se disputent une traversée humaine toujours sans repos. Des images aux couleurs et senteurs diverses, parfaitement universelles dans leur quête pour expliquer les raisons des luttes fratricides d’une humanité goulue de sang et de carnage.
Entre deux éclats de chair mortifiée et d’étreintes meurtrières, surgissent des pans de souvenirs où la douceur de l’amour et les élans de la sensualité l’emportent sur la vanité de vaincre et l’horreur de tuer.
Pour ce texte de Jean-Pierre Siméon, diffus, serré, d’un lyrisme outrancier, souvent excessif et répétitif dans ses images surchargées, le théâtre reste un moment sans émotion et simple tremplin pour une récitation artificielle et sans âme. Malgré les gesticulations d’un comédienne qui se déchausse, se trémousse en lascives circonvolutions de flamenco (sur un air de musique baroque ou de cadence orientale d’un « oud » resté pesamment à l’ombre), joue avec le gravier en naïve liseuse de bonne aventure ou remplit son sceau de caillasse comme une improbable Perette au pot de lait, la mise en scène de Marie-Claire Braconneau, à la fois héraldique et déliée, ne donne aucune force dramaturgique à cet ensemble de mots qui pointent avec tant d’acharnement et de tragique la source du mal de vivre.
Prière noire pour un chant d’amour en rafales. Un texte incantatoire, qui invite à ouvrir le cœur vers le prochain et bannir toute haine. Une invitation renouvelée par les poètes et les penseurs depuis des millénaires et hélas constamment rejetée. Mais même si l’idée n’a rien de neuf, on écoute le thème éternel de ces paroles qui cravachent les consciences et donnent toujours à réfléchir, dans la déférence et le recueillement.

