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Culture - Installation

Deux artistes saoudiens face aux attaques du 11 septembre

Un couple de jeunes artistes saoudiens, Qaswra Hafez et Raneem Farsi, rouvrent par le biais de l’art (une installation au cœur de la galerie QContemporary) l’épineux et lourd dossier des attaques du 11 septembre. Dix ans déjà que les tours jumelles de Manhattan se sont effondrées, et le monde est toujours sous le choc. Choc non seulement de l’ampleur de l’horreur mais aussi choc du schisme et séisme des mentalités opérées entre terrorisme musulman, pacifiques croyants de l’islam et monde occidental.

Une installation qui interpelle. Photo Hassan Assal

Pour un déni de la violence, pour un message de paix, d’amour et de tolérance, empreint de transparence et de simplicité, regard sur ce « Blink » (titre de l’installation qui signifie « En un clin d’œil » ) qui a transformé le monde dans ses actions, réactions et comportements.
Par-delà la porte d’entrée de la galerie où s’engouffre à profusion la lumière et par-delà la grande baie vitrée où se profilent la mer et la baie du Saint-Georges, une installation qui interpelle.
Au moment où ce funeste mois de septembre charrie encore des images insoutenables et soulève un cortège de deuil inconsolable, deux tours érigées à partir de « Massahefs » (Coran-56 volumes dans chaque édifice) à couverture verte, calligraphie et fioriture dorées. Des Corans amoncelés, enserrés dans du verre cristal taillé sur mesure et posés au milieu de quatre colonnettes en bois travaillé avec de fines ciselures d’arabesques peints en noir, le tout gardé et encerclé par un cordon en plastique jaune où sont délicatement brodés, en fils noirs, deux versets (al-Baqara : 62 et al-Maiida : 69) évoquant la foi en Dieu. Une foi qui habille les humains de lumière et les exclut de la tristesse et de la peur.
L’installation qui a mis du temps à faire son chemin quand Qaswra (joli prénom en arabe pour désigner le lion ! ) Hafez, originaire de Djeddah, collectionneur d’art averti (dans son stock des toiles de Aziz Dia, Hussein Madi, Mohammad Rawas) et formé en « business » dans les meilleurs universités US, en a conçu il y a déjà quelques années l’énoncé et l’avant-projet.
Raneem Farsi, artiste polyvalente saoudienne, elle aussi formée aux USA ainsi qu’en Angleterre pour des études de beaux-arts, accroche à la proposition, creuse, peaufine le concept et planche sur l’idée.
De cette collaboration naît le « Blink ». Et ce qui était simple idée se concrétise à travers tous les menus et nombreux détails, d’une apparente simplicité, sans naïveté ou provocation, multipliant messages, moments de réflexion, symboles et clins d’œil pour une lecture nouvelle, une perception élargie, une invitation à revoir et approfondir les données, un refus d’un fait accompli qui resterait inexpliqué, injustifié, mêlant bourreaux, victimes et innocents... Un acte « plus religieux que politique. Notre but n’est pas d’offenser mais d’établir des ponts avec les autres », confie Qaswra Hafez en présentant cette œuvre quand même engagée.

Un message de paix
Une œuvre qui s’érige en un acte de défense, de clarification, de méditation, de correction de vue, de justification et de réinterprétation de ce que le monde musulman a subi de revers après la sombre et brutale catastrophe du 11 septembre à New York.
Un premier travail présenté dans la gratitude et la reconnaissance, surtout à la galerie qui a accueilli les deux plasticiens et leur opus, à Beyrouth, une ville qui a connu l’inadmissible des violences et des carnages. Beyrouth, ville cosmopolite d’ouverture et de cohabitation de diverses communautés.
En un clin d’œil, il y a une décennie, l’univers a basculé. Des images atroces pour une destruction agressive, démentielle. En un clin d’œil l’univers est divisé en deux, en deux clans. En un clin d’œil, croyance et perception changent dramatiquement.
Si rien n’est plus pareil après ce jour noir, cet odieux clin d’œil d’apocalypse, il est temps de clarifier aujourd’hui ce que des extrémistes musulmans ont réduit en cendre. « Pourquoi » est l’interrogation essentielle.
Au nom de Dieu, comme de la liberté, que de crimes on commet. Contradiction, dérive et confusion de l’humanité en otage de ses passions. Mais revenons à la source, à la parole de Dieu, qui est amour, paix, miséricorde, tolérance, bonté, bien.
C’est pour restaurer cette image déformée et dans un esprit de message de paix, de compréhension et de reconstruction que Qaswra Hafez et Raneem Farsi ont empilé des Corans et qu’ils les ont enserrés dans du verre. Les cordons jaunes tracent l’enceinte de l’interdit, du crime, de la peur, de l’observation, de l’espace policé, du lieu où l’on n’entre plus impunément.
Tours modernes, nouvelles, transparentes où la parole du Prophète est avant tout appel à la lumière, au bien, à l’harmonie, à la sérénité, à la mansuétude au prochain, à la vie, à la construction de l’avenir.
Si les armes détruisent, si les mobiles vengeurs aveuglent, saccagent et restent l’axe du mal, l’art, par tous ses artifices et ses subterfuges, construit et reconstruit.
Loin de toute idée d’oubli, encore moins de pardon, par-delà toute considération esthétique ou esthétisante, qui est ici presque basique et jamais la préoccupation majeure de l’entreprise, demeure le pieux et franc souhait des deux artistes. Ni mémorial, ni rappel d’un souvenir douloureux, ni renvoi à un passé grave chargé de coins d’ombre, cette installation singulière reste, sans doute, par-delà réflexion et analyse d’un événement marquant dans sa sinistre noirceur, un souhait clair, vibrant et sincère. Puisse cette installation être l’étincelle pour « créer un nouveau monde afin de laisser les jugements au seuil de la porte et ne garder au fond du cœur que tolérance et amour ».
Dix ans, jour pour jour, après des ruines fumantes et des morts en masse, telle est la formulation de Qaswra Hafez et Raneem Farsi, deux artistes saoudiens, face aux attentats du 11 septembre.

Installation « Blink » à la galerie QContemporary-Beirut Tower, Zeitouné street jusqu’au 1er octobre 2011.
Pour un déni de la violence, pour un message de paix, d’amour et de tolérance, empreint de transparence et de simplicité, regard sur ce « Blink » (titre de l’installation qui signifie « En un clin d’œil » ) qui a transformé le monde dans ses actions, réactions et comportements.Par-delà la porte d’entrée de la galerie où s’engouffre à profusion la lumière et par-delà la grande baie vitrée où se profilent la mer et la baie du Saint-Georges, une installation qui interpelle.Au moment où ce funeste mois de septembre charrie encore des images insoutenables et soulève un cortège de deuil inconsolable, deux tours érigées à partir de « Massahefs » (Coran-56 volumes dans chaque édifice) à couverture verte, calligraphie et fioriture dorées. Des Corans amoncelés, enserrés dans du verre cristal taillé...
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