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Culture - Poésie

Zahi Wehbé et Joseph Issaoui, deux voix, deux sensibilités

Ils sont tous les deux hommes de média et reçoivent sur les plateaux de télévision où ils siègent pour leur « talk-show » le monde de la culture. Incidemment, ils sont aussi des hommes de plume et écrivent dans la presse arabe. Mais ils ne cachent pas pour autant leur passion pour les muses, les mots et la poésie moderne. En langue arabe, bien entendu. Il s’agit de Zahi Wehbé et Joseph Issaoui. Deux voix, deux sensibilités divergentes, deux parcours.

Le « Je est un autre » rimbaldien de Zahi Wehbé

Prose (analyse et critique littéraires, impressions de voyage, état d’esprit urbain, portraits brossés au vif) et poésie l’ont révélé au grand public tout autant que des émissions télévisées à succès soutenu (Khallik Bil Beit, Sitt el-Habayeb) où, avec courtoisie et élégance, Zahi Wehbé a reçu et interviewé les figures de proue du monde culturel arabe tout aussi bien que les vedettes des variétés. Mais sa vraie passion, profonde et chevillée à l’âme, est de toute évidence la poésie.
Pour son quatorzième recueil, intitulé Raghabat Mountasaf al-Hob (« Désirs de la mi-amour », Dar al-Arabia Lil Ouloum Nachiroun, 111 pages), fidèle à son écriture en rimes libres et libérées, dans un langage sans maniérisme appuyé ni éloquence superflue, le poète approfondit son introspection à travers le prisme de l’amour et des battements du cœur.
Avec un désir plus grand de mieux se connaître, de mieux se retrouver. À travers le miroir qui lui renvoie l’image de son reflet, de son visage, de son souffle, de son regard, de sa plume, de ses aveux...
C’est en toute franchise (ou presque ! ) que ces poèmes, à la sonorité subtilement travaillée, se placent sous l’ombrelle rimbaldienne du « Je est un autre ». Ainsi s’ouvre cette plaquette au verbe ardent et frémissant. Comme pour une transparence plus perceptible, comme pour ne pas partir de ce monde sans avoir tout révélé à soi (et aux autres) et de soi.
Mais dira-t-on jamais la vérité entière sur soi ? Et qui s’ignore mieux que soi ? Même si, pour tout dévoiler, le courage est en demi-teinte, l’énoncé ne manque ni de piquant ni d’une certaine témérité dans cet environnement arabe pétri et hérissé encore de tabous, d’interdits et de violence.
« Je est un autre » révèle les multiples facettes d’un homme qui se découvre dans le regard des autres, mais n’en a pas moins sa propre conscience de son être et voudrait être au près de cette image tapie au fond de sa chair.
Farandole des mots adroitement choisis pour une sarabande soyeuse et délicate. Vocables et associations verbales où le poète tente de se dégager des influences de Mahmoud Darwich ou de Nizar Kabbani, tout en réinventant, avec des accents doux et feutrés, sa mythologie du Parnasse. Une mythologie certes parfois un peu trop fleurie ou embaumante (trop d’essences, d’arômes et de parfums) mais où l’amour, au sens le plus large de communion, de paix, de liberté et de tolérance, a des résonances d’une impérieuse brûlante actualité, d’une brûlante acuité...

 

Joseph Issaoui, ou les DÉlicatesses de potiche

Il ne porte pas de gants de velours pour parler à ses invités. La poésie est son jardin secret et, sans nul doute, son calmant et son carburant. À quarante-six ans, Joseph Issaoui a déjà fouillé, depuis 1985 (curieuse coïncidence, lui aussi embrasse sa carrière à la même date que Zahi Wehbé !), en ce qui régit la société et le monde de la culture arabe à travers des émissions télévisuelles qui ont pour noms Bidoun cravate (Sans cravate), Kitab (Livre), Nas min Zahab (Des gens en or), Aks el-Seir (À contre-courant), Aaleik al-Aman (En paix) et Arib Jiddan (Très prochainement).
Pour l’été, en devanture des librairies, son cinquième recueil de poésies, au titre qui se voudrait scandaleux ou provocateur : Taht al-Shams Yahtol al-Rawas (« Sous le soleil, il pleut du crottin », Dar al-Nahda al-Arabia, 147 pages).
Que le lecteur se rassure, rien de scatologique dans cette poésie qui annonce pourtant une humeur nauséeuse, irrévérencieuse ou révoltée. Trois ou quatre petits vers sur des pages presque blanches. Vers libres et sans rimes, aux images fignolées pour une musicalité à la délicatesse de potiche asiatique. Il s’agit de « haïkus », qui sont comme de petites pensées qu’on épingle, par temps d’inspiration, de désœuvrement ou d’ennui.
Un contenu sage et d’un romantisme usé jusqu’à la corde qui jure avec un titre pourtant acide et bouseux. De la mélancolie de l’automne à une mère morte, poudrée dans son catafalque, en passant par un poète qui « se garde de manger les feuilles de vigne roulées par égard pour les doigts de sa mère » ou les contemplations et les soupirs devant la lune, il n’y a pas là de quoi fouetter un chat.
Entre volonté d’un accent moderne et naïves volutes romantiques, émerge parfois une association ou un raccourci de mots qui interpelle gentiment : « Le sommeil de l’épi est un rêve qui dort longtemps dans le pain... »

Le « Je est un autre » rimbaldien de Zahi WehbéProse (analyse et critique littéraires, impressions de voyage, état d’esprit urbain, portraits brossés au vif) et poésie l’ont révélé au grand public tout autant que des émissions télévisées à succès soutenu (Khallik Bil Beit, Sitt el-Habayeb) où, avec courtoisie et élégance, Zahi Wehbé a reçu et interviewé les figures de proue du monde culturel arabe tout aussi bien que les vedettes des variétés. Mais sa vraie passion, profonde et chevillée à l’âme, est de toute évidence la poésie. Pour son quatorzième recueil, intitulé Raghabat Mountasaf al-Hob (« Désirs de la mi-amour », Dar al-Arabia Lil Ouloum Nachiroun, 111 pages), fidèle à son écriture en rimes libres et libérées, dans un langage sans maniérisme appuyé ni éloquence superflue, le...
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