Le maestro et la soprano Virginia Tola, des voix en totale harmonie. (Michel Sayegh)
Au cours de la conférence de presse donnée à son arrivée au Bustan, le maestro, qui était venu déjà deux fois au Liban (en 1999 à Beiteddine et en 2004 à Baalbeck), a avoué qu’il aimait changer de site, de lieu. «La musique prend une autre dimension, un autre souffle», a-t-il dit. Il avait par ailleurs signalé qu’il était toujours à la recherche de nouveaux talents. «On ne sait jamais à quel moment une nouvelle voix, une nouvelle tessiture pointe.» Et de rigoler à ce sujet: «J’étais toujours le plus jeune dans les concerts et les opéras. Je me retrouve aujourd’hui un des plus âgés sur scène.»
Ce soir-là, dans la magie de l’amphithéâtre romain de Zouk où plus de 2500 personnes s’étaient rassemblées pour accueillir à nouveau leur maestro «chéri», la voix de Placido Domingo semblait ne pas avoir d’âge. Puissance, maîtrise totale de tous les arias ou zarzuelas, ainsi que cette élégance et cette générosité qui ont fait son label, étaient au rendez-vous.
À la question qui lui avait été posée par un journaliste: «À quoi rêve encore Placido Domingo?» En effet, à quoi peut rêver encore ce détenteur de 12 Grammy Awards qui a interprété plus de 130 rôles dans sa vie, qui a enregistré plus de cent opéras et qui est passé de l’interprétation au rôle de chef d’orchestre avec une magnifique aisance. À cette question, il a répondu simplement: «À donner de la joie autour de moi. À rendre les gens heureux en leur offrant non pas du déjà-vu, mais des airs toujours renouvelés.»
Hommage au maître Gholmieh
Dimanche soir, sous la houlette d’Eugene Kohn (qui collabore souvent avec Domingo), l’Orchestre philharmonique libanais a su être à la hauteur des exigences du maestro. Les magnifiques musiciens ont offert à voir au public en émoi un merveilleux concert qu’aurait chaleureusement applaudi le maître disparu Walid Gholmieh. Avec panache, ils ont relevé le défi et se sont montrés dignes des plus prestigieuses
représentations.
Domingo a plusieurs fois salué leur maestria et les a conduits durant un morceau en hommage à son ami disparu. L’émotion totale était au rendez-vous. Ce concert panaché, aux harmonies graves et légères, où des extraits de la Tosca, du Barbier de Séville ou encore d’Andrea Chénier côtoyaient des airs comme Maravilla (Torroba) ou Cancion de Paloma (Barbieri), ressemblait à une pierre taillée à mille facettes où chacune reflétait une luminosité différente.
Rappelé plus de cinq fois, le maestro s’est incliné à la demande du public. Et généreusement. À l’écoute de Bessame mucho, l’audience lui a bien rendu son aveu d’amour en chantant avec lui. Virginia Tola, beauté hispanique au charme d’enfer et à la voix ensorceleuse, n’était pas en reste et, très applaudie, a repris quelques airs. La soirée s’est achevée (bien sûr, il ne pouvait y échapper) sous un Granada toujours aussi jeune et puissant qui a soulevé un raz de marée au sein de l’audience.
En 1999, lors de sa performance à Beiteddine, L’OLJ évoquait la «duende» sous la plume de Maya Ghandour Hert. On ne peut que rappeler ce phénomène. «Dans la métaphore poétique, le “duende” habite les entrailles et tisse une couture diaphane entre la chair et le désir. Il est animé par la voix ou par le geste puisqu’il surgit de l’expérience de l’art flamenco, mais il s’étend à tous les domaines de l’art, à chaque fois qu’il s’agit de faire la différence entre la véritable inspiration et l’imposture.» C’est le poète Federico García Lorca qui introduit cette notion de duende dans l’art. Cet état de transe, de génie, où l’inspiration vient facilement et où tout réussit avec virtuosité à l’interprète musicien, chanteur ou danseur... était présent ce soir-là à Zouk. Dans les plis de cette voix qui n’a pas pris une seule ride.



sa voix s'est rapprochée de celle d'un Baryton dernièrement;est-ce que çela était évident à Zouk?
13 h 47, le 19 juillet 2011