Des dizaines de personnes ont manifesté contre le régime dans le quartier Midane de Damas, dans la nuit de dimanche à lundi, selon cette vidéo postée par des militants. Youtube
Aujourd’hui, lundi, la tension reste vive à Homs (centre) et à Abou Kamal (est), deux villes qui ont été investies hier par l’armée. Dans son édition d’aujourd’hui, le quotidien al-Watan, proche du pouvoir, affirme que « la tension reste vive à Abou Kamal après des incidents regrettables dus à des groupes armés ». « Ces derniers ont procédé à des actes de terrorisme en saccageant des biens publics. Les habitants terrorisés ont fui vers les villages voisins et vers la ville de Deir-Ezzor », située à 125 km au nord-ouest, écrit le journal. « Des habitants d'Abou Kamal ont lancé des appels au secours pour une intervention rapide du gouvernement afin de calmer la situation, (...) alors que cette ville frontalière de l'Irak est devenue un passage pour les armes et l'argent, ce qui porte atteinte à la stabilité de la patrie », assure-t-il.
En ce qui concerne Homs, un calme précaire y régnerait depuis dimanche soir et l'armée se serait déployée dans tous les quartiers, selon un témoin. Des affrontements entre partisans du régime et opposants samedi et dimanche y avaient fait au moins 30 morts sans que les forces de l'ordre n'interviennent d’après le chef de l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), Rami Abdel Rahmane. Les heurts, qui ont commencé samedi soir, sont intervenus après l'assassinat à Homs de trois partisans du régime enlevés la semaine dernière par des inconnus et dont les corps démembrés ont été reçus samedi par leurs proches. Selon M. Abdel Rahmane, il s'est agi d'affrontements interconfessionnels entre alaouites, une branche de l'islam chiite dont le président Assad est originaire, et sunnites. « Ces affrontements représentent un changement dangereux qui porte atteinte à la révolution (syrienne) et servent les intérêts de ses ennemis qui veulent la transformer en guerre civile », a-t-il déploré.
Dimanche, les militaires ont aussi pénétré dans la ville de Zabadani (sud), non loin de la frontière libanaise, où se sont déroulées d'importantes manifestations contre le régime. En soutien aux habitants de ces villes, des manifestations auraient été organisées dans plusieurs villes à travers le pays dans la nuit de dimanche à lundi. D’après la page Facebook Sham News Network (SNN), des rassemblements auraient eu lieu dans plusieurs quartiers de Damas et d’Alep, les deux plus grandes villes du pays, mais aussi à Hama (nord), à Deir el-Zor (est), et à Deraa, Daël et Hara (sud).
Face à la répression du régime baasiste qui aurait déjà fait plus de 1400 morts et entraîné l'arrestation de plus de 12 000 personnes, plusieurs ministres européens des Affaires étrangères ont appelé lundi à un changement de régime en Syrie. « C'est au peuple syrien d'en décider, mais je pense que le président Assad devrait faire des réformes ou se retirer du pouvoir », a déclaré le britannique William Hague, en marge d'une réunion à Bruxelles avec ses homologues européens. Le chef de la diplomatie suédoise, Carl Bildt, a affirmé, quant à lui, que « le régime est arrivé au bout. Il a perdu sa crédibilité et sa légitimité ». « De Bruxelles, on ne peut pas décider de choses concrètes pour faire changer le régime du président Assad, mais la Ligue arabe pourrait le faire », a estimé pour sa part le ministre luxembourgeois, Jean Asselborn. « Je ne dis pas qu'il faut demander une zone d'exclusion aérienne ou intervention militaire via la Ligue arabe, mais la Ligue arabe a une obligation d'être plus décisive et mieux impliquée en Syrie pour arrêter au moins qu'on tire sur les manifestants », a-t-il ajouté. Pour William Hague, il faudrait également « travailler étroitement avec la Turquie (…) qui a plus d'influence sur la Syrie que de nombreux pays occidentaux ».
L’AFP a par ailleurs rapporté lundi que l'ambassadeur du Qatar à Damas, Zaëd al-Khayarine, a récemment quitté la Syrie. « Les diplomates ont quitté la Syrie et les travaux sont gelés jusqu'à une date indéterminée », a annoncé à l’AFP un responsable de la représentation qatarie sous le couvert de l'anonymat, sans préciser ni la date ni les raisons du départ de l'ambassadeur. Le Qatar entretenait jusqu'à récemment de bonnes relations avec la Syrie mais les autorités de Damas ont vivement critiqué la chaîne d'informations qatarie Al-Jazira pour sa couverture jugée exagérée du mouvement de révolte populaire entamé à la mi-mars. Le 30 avril, près d'une centaine de personnes s'étaient rassemblées devant les locaux à Damas de la chaîne satellitaire qatarie, l'accusant de « mensonges » et d' « exagération ».


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