"A partir du moment où il y a des mandats d'arrêt, ce ne sont plus des hommes libres, ils deviennent des fugitifs", a indiqué François Roux, chef du bureau de la défense du Tribunal spécial pour le Liban (TSL), basé près de La Haye.
"Ils peuvent être protégés, par leur famille, par leurs amis, par une communauté, mais personne ne peut leur donner la qualité d'un homme libre sauf un avocat", a-t-il ajouté dans une interview exclusive à l'AFP lors d'une visite à Beyrouth. "C'est le temps de la défense".
"Mon conseil aux accusés, c'est de consulter le plus vite possible un avocat. La seule personne aujourd'hui qui peut délivrer un accusé face à un mandat d'arrêt, c'est un avocat", a-t-il ajouté.
Le TSL avait remis jeudi un acte d'accusation sous scellé et quatre mandats d'arrêt au procureur général à Beyrouth. Le ministre de l'Intérieur libanais avait confirmé ensuite les noms de quatre suspects du Hezbollah chiite, Moustafa Badreddine, Salim Ayyash, Assad Sabra et Hussein Anaissi.
Tous sont membres d'une cellule soupçonnée d'avoir planifié et exécuté l'attentat à la camionnette piégée qui a coûté la vie à l'ancien Premier ministre Rafic Hariri et 22 autres personnes à Beyrouth en 2005, selon la presse locale.
Le chef du puissant parti armé, Hassan Nasrallah, a exclu samedi l'arrestation des quatre hommes et rejeté toute décision émanant du TSL.
Lundi, le bureau du procureur Daniel Bellemare a assuré que son enquête reposait sur des éléments de preuve "crédibles".
"Les partis disent ce qu'ils veulent à la presse. Cela ne nous gêne pas, mais la décision, ce n'est pas le parti politique qui va la prendre, mais le tribunal", a précisé M. Roux.
A partir de la date de remise de l'acte d'accusation, le Liban dispose de 30 jours ouvrables pour trouver et arrêter les quatre suspects. Si les arrestations ne sont pas menées, le tribunal peut publier les noms et appeler les suspects à se rendre dans un délai d'un mois.
Le TSL est à l'origine de la profonde division politique au Liban. En janvier, le Hezbollah et ses alliés avaient fait tomber le gouvernement de Saad Hariri, fils de Rafic, après avoir tenté en vain de le pousser à désavouer le tribunal. Ils sont désormais majoritaires au sein du cabinet du nouveau Premier ministre Najib Mikati.
Interrogé si le parti chiite l'a contacté, M. Roux a répondu "ma porte est toujours ouverte".
"Les accusés peuvent me contacter directement. Nous avons une liste de plus de 100 avocats de 25 nationalités" d'où ils peuvent choisir leurs représentants. "Il faut donner aux accusés une égalité des chances avec le procureur".
Si les accusés ne désignent pas d'avocats, c'est le bureau de la défense qui s'en chargera. Les accusés peuvent également participer au procès par l'intermédiaire de leur avocat ou par vidéo-conférence au Liban, sans devoir nécessairement être transférés à La Haye.
Si les accusés restent introuvables, il y aura un procès par contumace.
En septembre, la défense sera fixée sur cette question et commencera à préparer son dossier, selon M. Roux.

