"C'était plutôt un coup de gueule qu'un poing dans la gueule, les gens qui me connaissent savent que je ne suis pas violent", a déclaré l'accusé, Hermann Fuster, 32 ans, employé municipal au Conservatoire de musique et de danse d'Agen.
S'exprimant d'une voix claire, il a reconnu avoir agrippé la veste du président lors d'un bain de foule à Brax mais expliqué n'avoir déséquilibré celui-ci que parce que les agents de sécurité le tiraient en arrière pendant qu'il tenait le vêtement.
Son but, a-t-il expliqué, était "de rencontrer Nicolas Sarkozy pour essayer de lui glisser deux ou trois mots de ras-le-bol". Habillé de noir, avec des motifs de style gothique sur son tee-shirt, les cheveux ramenés en long catogan, l'accusé s'est dit "désolé que cela en soit arrivé là".
L'homme avait été immédiatement maîtrisé par des officiers de sécurité. M. Sarkozy n'a pas porté plainte.
C'est la première fois que le président français était pris à partie physiquement depuis le début de son mandat en 2007.
Le jeune homme, qui avait consulté dans la nuit le site des "Indignés" -mouvement de protestation populaire né en Espagne-, avait envoyé quatre SMS à son ex-épouse la veille et le jour des faits, comme "Demain Sarko il se prend mon poing dans la gueule", ou "Sarko est à Brax, j'y vais et il va se manger un truc, mon poing, un pavé".
A l'audience, il a mit ces propos sur le compte de "l'humour", et assuré qu'il "formulait tout ça dans son imagination".
M. Fuster, divorcé sans enfant, avait fumé du cannabis la veille de l'agression, et consomme régulièrement des somnifères. Il est suivi psychologiquement, après deux tentatives de suicide en 2003 et 2010.
L'expertise psychiatrique a indiqué qu'il ne présentait pas de pathologie mais devait être hospitalisé pour le sevrer de ses dépendances, au cannabis et aux médicaments. L'expert l'a décrit plus comme "un esprit fumeux" que comme "une pasionaria qui lutte pour ses idées".
La condamnation a été assortie d'une obligation de soins en milieu hospitalier et d'un stage de citoyenneté de deux jours.
Elle est plus clémente que ne le réclamait l'accusation qui avait demandé une peine de 3 mois de prison ferme ainsi que six mois supplémentaires avec sursis.
L'homme était poursuivi pour "violences sur personne dépositaire de l'autorité publique" n'ayant pas entraîné d'incapacité, des faits passibles de trois ans de prison et 45.000 euros d'amende. Il avait passé la nuit de jeudi à vendredi en garde à vue à la gendarmerie d'Agen.
Il était jugé selon la procédure dite des comparutions immédiates, qui permet une justice très rapide pour les affaires ne nécessitant pas d'enquête préalable.
"En vous en prenant au président de la République, c'est un tabou qui a été brisé, celui de l'intégrité physique de celui qui est la clé de voûte des institutions", avait lancé le procureur, ajoutant: "La base de la démocratie, c'est le respect et l'absence de violence physique, c'est un enjeu démocratique que vous avez mis en péril".

