Même s'il repousse toute idée de vengeance, le Costarmoricain (né en 1941 le 25 décembre, ce qui lui vaut son prénom) peut savourer son retour aux commandes./
Noël Le Graët a été élu samedi président de la Fédération française de football en obtenant 54,39% des voix au premier tour de l'élection présidentielle, organisée pour la première fois au scrutin de liste, contre 45,40% à Fernand Duchaussoy, président sortant et 0,19% à Eric Thomas.
Ce résultat est une grosse surprise. Duchaussoy était donné favori et quitte donc la Fédération pour retourner au plus petit échelon dans le football amateur, dans le nord de la France.
Âgé de 69 ans, Noël Le Graët était vice-président de la FFF depuis 2005, en charge notamment des dossiers économiques. Président du club de Guingamp (qui vient de remonter en 2e division), il a également été président de la Ligue nationale de football (ancêtre de la LFP) de 1991 à 2000.
Âgé de 68 ans, Fernand Duchaussoy était le grand favori. Il avait été élu président de la FFF à titre intérimaire le 23 juillet après la démission de Jean-Pierre Escalettes suite au fiasco des Bleus lors du Mondial sud-africain. Le 18 décembre, il avait été élu président de plein droit avec 79,4% des voix. Noël Le Graët avait renoncé à se porter candidat à la veille du scrutin.
Eric Thomas, 43 ans, animateur de l'Association française de football amateur, n'avait que peu de poids et surface médiatique face à Duchaussoy et Le Graët.
La gestion des crises successives (affaires des primes et des quotas notamment) a sans doute été fatale à Duchaussoy. Le président en exercice avait pourtant pris soin de ne prendre sur sa liste aucun membre de l'actuel Conseil fédéral, indissociable du naufrage sud-africain et du maintien de Raymond Domenech de 2008 à 2010. En vain.
Noël Le Graët, chargé des dossiers économiques à la "3F", peut se prévaloir de quelques réussites éclatantes, comme la signature du contrat Nike, qui rapporte 42 millions d'euros par an. Il aura peu de temps pour mettre en oeuvre son programme. Car dès décembre 2012, un nouveau scrutin est prévu, crucial car ouvrant la période qui conduira à l'Euro-2016.
Même s'il repousse toute idée de vengeance, le Costarmoricain (né en 1941 le 25 décembre, ce qui lui vaut son prénom) peut savourer son retour aux commandes.
Qui fait déjà grincer des dents chez certains, comme ce président de district qui confie à l'AFP: "Lui, il est resté patron de droit divin, il a une ambition, c'est celle de prendre sa revanche sur la Ligue. Il veut revenir par la grande porte et fermer sa g... à Frédéric Thiriez (président de la LFP)".
Élu une première fois à la tête de la LNF en 1991, Le Graët en avait été chassé, par les urnes, en 2000 au bénéfice de Gérard Bourgoin, lui aussi revenu récemment aux affaires à la tête d'Auxerre.
Le Breton s'était posé à l'époque en victime des grands clubs désireux de modifier la répartition des droits télé.
Dans les années 1990, Le Graët ne s'était pas fait que des amis, imposant un toilettage de la gestion des clubs, avec l'instauration de la DNCG. Il était entré notamment en collision frontale avec Bernard Tapie, président de Marseille, et avait dû mener la barque de la LNF sur les remugles de l'affaire VA-OM.
Vice-président de la FFF à partir 2005 en charge des dossiers économiques, il nourrissait depuis l'ambition d'accéder à la présidence. "Mais, avec le système électoral de l'époque - aujourd'hui réformé - le président du foot amateur était élu par tradition. Escalettes (alors élu), en bonne intelligence, m'avait laissé la partie économique", a rappelé durant sa campagne ce chef d'entreprise.
À la tête d'un petit empire breton dans l'agro-alimentaire (160 millions d'euros de chiffre d'affaires, 700 employés environ), l'ancien représentant en électroménager et hi-fi à ses débuts est le grand artisan de la nouvelle donne économique à la FFF avec le juteux contrat Nike (42 millions d'euros par an).
Sa vision de la Fédération est claire: "le patron économique doit être le numéro un et le leader amateur le numéro deux, car, même si je ne devrais pas le dire, la FFF c'est une sacrée entreprise".
"Patron", l'ancien maire PS de Guingamp ne veut pas seulement l'être sur le volet économique. Il entend aussi l'être en terme de leadership dans une Fédération qui en a souvent manqué ces dernières années, comme en témoignent les atermoiements au moment de la crise de Knysna ou encore les lenteurs dans la gestion du dossier des primes des joueurs après le fiasco du Mondial sud-africain.
Le Graët a notamment été courroucé d'entendre dire "je ne suis pas au courant" dans la bouche de Fernand Duchaussoy quand l'affaire des quotas a éclaté. Et le président de l'En-Avant Guingamp n'a pas digéré la façon dont ont été désignées les villes hôtes de l'Euro-2016. Selon lui, la Fédération aurait dû faire preuve d'un "minimum de savoir vivre" en conviant toutes les villes candidates à défendre de vive voix leurs dossiers.
Ce qui n'a pas été le cas, hormis pour les villes de Nancy et Lens qui ont pu le faire par la voix des présidents de clubs Jacques Rousselot et Gervais Martel, membres du Conseil fédéral.
Avec lui, les choses risquent de bouger à la Fédération. Pendant sa campagne, il a parlé de "rationalisation", d'attribuer une mission réelle à tout salarié ou cadre de la Fédération. Un audit actuellement mené dans l'instance pourrait avoir de lourdes conséquences pour certains.
Laurent Blanc, sélectionneur, devrait quant à lui avoir désormais un lien direct et fort avec le nouveau président. C'est une promesse du candidat Le Graët. Et Blanc sera désormais totalement soutenu.
Le Graët l'a déjà fait avec le précédent sélectionneur - Raymond Domenech - ce qui lui a notamment été reproché après la déroute de l'Euro-2008. Mais Le Graët a toujours assumé. Un de ses points forts.

