La chanteuse Madonna a prêté à l'exposition une de ses robes ornée de surpiqûres en forme de seins coniques. /
Il s'agit en réalité de son mannequin, dont le visage est animé par une technique particulière. Ses yeux bougent et ses lèvres aussi, on l'entend distinctement raconter une anecdote de son passé.
Sur la tête moulée de Gaultier est projetée sa propre image vidéo, une technique mise au point par Denis Marleau, directeur de la compagnie de théâtre UBU et l'un des metteurs en scène québécois les plus connus à l'étranger.
L'effet d'illusion est étonnant. Grâce à des haut-parleurs cachés, Gaultier - et plusieurs autres mannequins de l'exposition - racontent leurs petites histoires aux visiteurs: l'objet d'exposition interpelle le spectateur.
C'est la pièce "Les Aveugles" de Maeterlinck, mise en scène par Marleau, où cette technique était appliquée, qui a servi d'inspiration à cette installation, confie Gaultier lors d'une conférence de presse. Ainsi qu'un vieux film des années 40 de Jacques Becker, "Falbalas", un film fétiche de Gaultier, où l'un des héros revoit dans un mannequin son amoureuse perdue.
L'idée de l'exposition "La planète mode de Jean Paul Gaultier. De la rue aux étoiles" est née dans la tête de la directrice du Musée des beaux-arts, Nathalie Bondil. Pour elle, la haute couture est un art à part entière qui a tout à fait sa place dans son musée "encyclopédique".
Gaultier, dit-elle, est "au-delà de la mode". Ses oeuvres sont porteuses d'un "message humaniste, de liberté et de tolérance à l'égard de toutes les minorités".
"J'ai toujours cherché à montrer qu'il n'y a pas de beauté unique", confirme l'artiste.
Les corsets et autres robes-cages que propose aux femmes Jean Paul Gaultier, sont-ils vraiment symboles de liberté ? "Oui, assène Nathalie Bondil, ce sont des corsets ithyphalliques". Autrement dit, ils mettent en valeur la poitrine comme affirmation du pouvoir féminin.
La chanteuse Madonna, qui a prêté à l'exposition une de ses robes ornée de surpiqûres en forme de seins coniques, est d'accord.
Son commentaire est inscrit sur le mur d'une salle d'exposition: "Quand on le détourne de sa fonction initiale, le corset devient un symbole de pouvoir et de libération sexuelle".
Visiblement heureux, le couturier se réjouit de vivre une "nouvelle aventure". Interrogé avec insistance par les Canadiens sur son choix de Montréal par rapport à Paris pour l'exposition, il invoque d'abord l'amitié qui le lie à l'équipe du musée québécois et ensuite les "lourdeurs administratives" de la capitale française.
Se sent-il aujourd'hui "roi de France", puisque, parmi les autres grands de la mode, Karl Lagerfeld est allemand, John Galliano est britannique et Yves Saint-Laurent n'est plus?
"Oh non! s'exclame-t-il. Vous savez ce qu'ils font aux rois, en France? Ils leur coupent la tête!"
Le public montréalais aura jusqu'à début octobre pour se repaître de la richesse créatrice de l'ancien banlieusard. Puis l'exposition et ses 140 pièces prendront le chemin de Dallas, San Francisco, Madrid et Rotterdam.


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