Selon des dignitaires tribaux, des milliers de combattants se dirigeaient des hauts plateaux vers Sanaa pour prêter main-forte au puissant chef des tribus Hached, cheikh Sadek al-Ahmar, rallié à la contestation, face aux forces gouvernementales.
Ils se sont affrontés en route aux forces pro-Saleh à un barrage militaire à al-Azraqein, à 15 km au nord de Sanaa, selon eux.
L'aviation a survolé à basse altitude ce rassemblement pour intimider les combattants armés, comme elle a franchi le mur du son au-dessus du village de cheikh al-Ahmar, Khamr, à 80 km au nord de Sanaa, ont indiqué les témoins.
Pour la troisième nuit consécutive, les affrontements aux armes de tous calibres ont fait rage entre les hommes de cheikh Ahmar et les forces du président dans le quartier d'Al-Hassaba, dans le nord de Sanaa.
M. Saleh a jeté dans la bataille ses "forces spéciales", bien entraînées et formées à la lutte antiterroriste, selon des témoins.
"Nous avons entendu les ambulances évacuer des blessés toute la nuit, et j'ai vu un panache de fumée s'élever au-dessus du siège du Congrès Populaire Général", le parti au pouvoir, a indiqué à l'AFP au téléphone un habitant qui n'osait pas sortir.
Selon l'agence officielle Saba, les forces gouvernementales ont repris le contrôle de "plusieurs bâtiments publics" dont le ministère de l'Administration locale à Al-Hassaba.
D'après des sources hospitalières, seize personnes dont une fillette de sept ans ont été tuées avant l'aube, ce qui porte à 63 morts le bilan de deux jours de combats à Sanaa. La majorité des morts sont des combattants des deux bords.
"Les cadavres jonchent les rues d'Al-Hassaba, mais les ambulances ne peuvent pas arriver en raison de la violence des tirs", a affirmé un médecin qui a requis l'anonymat.
Les combats dans ce quartier situé à une dizaine de kilomètres de l'aéroport international de Sanaa ont provoqué la suspension des vols alors que certains étaient déroutés sur Aden (sud), selon des sources aéroportuaires.
Le mouvement d'exode des habitants de la capitale, privée d'eau, où l'électricité est rationnée et l'essence commence à manquer, s'est accentué.
"Si les combats se poursuivent, c'est la fin du Yémen", a affirmé Mohsen Sinan, un septuagénaire qui avait rassemblé les trente membres de sa famille, dont une vingtaine de petits-enfants, pour partir.
A Taëz, ville à la pointe de la contestation située à 270 km au sud de la capitale, des heurts ont opposé pour la première fois des hommes armés dont l'identité n'a pas été connue aux forces gouvernementales, selon des témoins. Ils se sont concentrés autour du palais présidentiel et d'un camp de la garde républicaine, unité d'élite fidèle à M. Saleh.
Les forces de l'ordre avaient dispersé lundi par la force et au prix de plus de 50 morts selon l'ONU un sit-in organisé depuis quatre mois sur une place de Taëz, l'une des premières villes à s'être soulevée contre le chef de l'État.
La contestation populaire lancée en janvier contre M. Saleh, au pouvoir depuis 33 ans et qui refuse de démissionner malgré les pressions internationales, avait gardé un caractère pacifique jusqu'à fin mai.
Mais la révolte a pris le 23 mai un nouveau tournant avec les combats armés meurtriers à Sanaa.


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