Basée au Yémen, où un large mouvement de contestation populaire réclame depuis janvier le départ de M. Saleh, un allié ces dernières années des Etats-Unis dans la lutte contre Al-Qaïda, l'Aqpa "profitera d'une chute du régime pour renforcer sa logistique et augmenter ses effectifs", dit-il.
Née d'une fusion des branches yéménite et saoudienne en janvier 2009, cette organisation est notamment implantée dans le sud et l'est du Yémen où des attaques contre les forces de sécurité lui sont régulièrement attribuées.
Son chef, le Yéménite Nasser al-Wahishi, a promis d'intensifier le jihad pour venger le fondateur d'Al-Qaïda, Oussama ben Laden, tué le 2 mai au Pakistan par un commando américain.
"Ce qui est à venir est encore pire, ce qui vous attend est plus intense et plus nocif", a-t-il menacé dans un message mis en ligne mercredi.
Fort d'un millier de combattants, en majorité des Yéménites aguerris, l'Aqpa "a profité de la situation chaotique au Yémen, qui a facilité son ancrage dans la société", souligne l'expert dans les groupes islamistes au Moyen-Orient, Dominique Thomas, de l'Ecole des hautes études en sciences sociales à Paris.
Le groupe a pu "tisser des alliances avec les tribus", influentes au Yémen, "se doter d'une hiérarchie bien organisée" et "dispose d'un important arsenal militaire, formé en grande partie d'armes légères conquises notamment lors de ses attaques contre les forces gouvernementales", explique-t-il.
Dans l'hypothèse d'une chute du régime de Sanaa, "l'Aqpa pourra profiter de l'instabilité qui en découlera pour contrôler certaines zones au Yémen", selon l'expert français.
Il n'exclut pas que le groupe "mène une opération d'envergure en dehors du territoire yéménite pour prouver sa puissance".
Le groupe a tenté le 25 décembre 2009 de faire exploser en vol un avion reliant Amsterdam à Detroit aux Etats-Unis, et a revendiqué l'envoi par avion cargo de colis piégés aux Etats-Unis fin octobre 2010, découverts par la police à Dubaï et en Grande-Bretagne avant leur explosion.
"Par ce genre d'opérations, l'Aqpa a prouvé sa capacité à organiser des attaques à distance et à créer des cellules dans les pays occidentaux", indique Saïd Obeid al-Jihmi, directeur d'un centre d'études et de recherches dans les affaires des organisations islamistes et d'Al-Qaïda.
"Mettant à profit la détérioration de la sécurité et des défections au sein de l'armée au Yémen, l'Aqpa a renforcé ses rangs en attirant davantage de combattants et de sympathisants", ajoute cet expert yéménite.
Selon lui, "le groupe pourrait frapper à tout moment pour prouver que le réseau extrémiste est toujours en vie" après l'élimination de Ben Laden.
La menace de Nasser al-Wahishi de venger le fondateur d'Al-Qaïda, dont la famille est originaire du Yémen, "est à prendre avec sérieux", dit-il lui aussi.
"L'Aqpa ne menace pas mais dit bien ce qu'elle va faire", note M. Jihmi, auteur d'un livre sur Al-Qaïda au Yémen paru en 2008, avant d'avertir: "sa riposte à la mort de ben Laden sera très dure".


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