Rechercher
Rechercher

Couverture spéciale de la révolte au Yémen - Analyse

Les combats de Sanaa, une fuite en avant du président

Le président Ali Abdallah Saleh a choisi la fuite en avant en provoquant des combats à Sanaa avec le plus puissant chef tribal yéménite dans l'espoir d'affaiblir la contestation de la rue, estiment mercredi des analystes, certains redoutant un "scénario à la libyenne".
Ces affrontements ont éclaté lundi, au lendemain du refus du président contesté de signer un accord sur une transition pacifique du pouvoir, élaboré par les monarchies arabes du Golfe.
"Devant ce blocage qu'il a lui-même créé, Saleh a opté pour la stratégie du chaos", affirme Frank Mermier, un expert du Yémen.
"Soit le président a décidé de déclencher la guerre civile, soit il a provoqué ces affrontements pour que l'Arabie saoudite intervienne", dit-il, soulignant les liens étroits entre le royaume wahhabite et les tribus Hached.
Les combats opposent les forces fidèles au chef de l'Etat aux hommes de cheikh Sadek al-Ahmar, chef de la puissante confédération tribale des Hached.
Pour M. Mermier, chercheur au CNRS, M. Saleh pourrait pousser le Conseil de coopération du Golfe, dont l'Arabie saoudite est le chef de file, à "lancer une nouvelle médiation avec un plan amendé qui serait à son avantage".
Le plan que M. Saleh a refusé de signer prévoit la formation d'un gouvernement avec l'opposition et la démission au bout d'un mois du président.
En refusant de le signer, le chef de l'Etat avait mis en garde contre le risque d'une "guerre civile" dans le pays secoué depuis janvier par une vague de contestation populaire de son pouvoir qu'il exerce depuis près de 33 ans sur fond d'accusations de népotisme et de corruption.
"Par la violence, M. Saleh veut aussi marginaliser le mouvement de contestation pacifique", explique M. Mermier, selon qui le président "n'a plus beaucoup de cartes" en main.
Les combats ont éclipsé dans les médias les manifestations quotidiennes dans le pays, alors que le nombre de jeunes campant sur la Place du Changement à Sanaa se réduisait mercredi en raison de la proximité des affrontements.
Farès al-Saqqaf, président du centre d'études pour l'avenir à Sanaa, estime lui aussi que les combats constituent "une fuite en avant du président qui veut brouiller les cartes et ne pas démissionner".
"Il semble que M. Saleh veut provoquer une guerre civile, en impliquant dans les combats les unités dissidentes de l'armée", estime-t-il.
Bien qu'elles contrôlent une partie de la capitale, les forces du général Ali Mohsen al-Ahmar --rallié à la contestation mais non apparenté au chef tribal-- ne sont jusqu'à présent pas entrées dans la bataille.
Même si les tribus sont fortement armées, et que cheikh al-Ahmar peut compter sur des milliers d'hommes aguerris des hauts plateaux, M. Saleh conserve la suprématie militaire, puisqu'il dispose de l'aviation et des blindés, selon les analystes.
Mais dans le même temps, "l'armée est en grande partie composée d'hommes de tribus, qui pourraient choisir de faire prévaloir la solidarité tribale et de se rallier à cheikh al-Ahmar", estime M. Saqqaf.
Quant à Abdel Aziz al-Sager, directeur du Gulf Research Center, il estime que "tant que le président Saleh est déterminé à garder le pouvoir, il n'a pas d'autre option que la violence".
Il redoute de voir le Yémen "se diriger vers un scénario à la libyenne si le chef de l'Etat provoque un affrontement généralisé avec les tribus".
Pour M. Sager, seul "un message fort" de la communauté internationale, dont les monarchies voisines du Golfe, est capable d'arrêter le cycle de violence.
Sinon, estime-t-il, ce sera la partition du Yémen, non plus en deux parties, nord et sud, comme par le passé, mais en plusieurs entités distinctes, dont une région contrôlée par les rebelles zaïdites chiites dans le nord.
Ces affrontements ont éclaté lundi, au lendemain du refus du président contesté de signer un accord sur une transition pacifique du pouvoir, élaboré par les monarchies arabes du Golfe."Devant ce blocage qu'il a lui-même créé, Saleh a opté pour la stratégie du chaos", affirme Frank Mermier, un expert du Yémen."Soit le président a décidé de déclencher la guerre civile, soit il a provoqué ces affrontements pour que l'Arabie saoudite intervienne", dit-il, soulignant les liens étroits entre le royaume wahhabite et les tribus Hached.Les combats opposent les forces fidèles au chef de l'Etat aux hommes de cheikh Sadek al-Ahmar, chef de la puissante confédération tribale des Hached.Pour M. Mermier, chercheur au CNRS, M. Saleh pourrait pousser le Conseil de coopération du Golfe, dont l'Arabie saoudite est le chef...