Exit la crise des télécoms, bonjour celle de la séance parlementaire du 8 juin. Si la classe politique semble ne pas se lasser de polémiquer sur tout et rien, les Libanais, eux, sont las de l'entendre et de ne trouver aucune solution à leurs problèmes.
Hier, et pour la première fois depuis presque une semaine, l'affaire dite des télécoms est passée au second plan dans l'actualité, sans d'ailleurs être réglée, alors qu'est apparu en grand le problème de la séance parlementaire du 8 juin, décidée par le président de la Chambre pour, en principe, prolonger le mandat du gouverneur de la Banque centrale Riad Salamé et examiner le dossier explosif de la prison de Roumieh et des détenus en général.
Selon la chaîne de télévision du Courant du futur, le directeur général d'Ogero Abdel Meneem Youssef, qui est rentré mardi soir de voyage, aurait passé la journée à son bureau sans être passé « prendre un café » à Yarzé comme cela avait été annoncé. Tout comme d'ailleurs l'affaire dite du général Achraf Rifi n'a connu aucun développement notable, puisque les autorités concernées en sont encore à se demander si la demande orale du président de la République au ministre de la Justice peut servir de notification officielle, alors que le chef de l'État n'aurait théoriquement pas le droit d'adresser une note écrite à un ministre. Encore une des subtilités de l'accord de Taëf qui semble, en temps de crise, poser plus de questions que proposer des solutions.
C'est aussi dans les nuances de la Constitution que la nouvelle polémique trouve son origine : le chef du Parlement a-t-il le droit de convoquer une séance plénière de la Chambre alors que le gouvernement est démissionnaire ?
Au départ, la décision de Nabih Berry était dictée par l'urgence de régler certains problèmes qui risquent de constituer une menace pour la stabilité monétaire et financière du pays. L'idée a été lancée de réitérer l'expérience des fameux décrets itinérants, qui avait été utilisée à la fin du mandat du président Amine Gemayel, mais pour Berry, à cette époque, le gouvernement en place n'était pas démissionnaire. La situation actuelle est donc tout à fait inédite et exige, selon lui, des solutions nouvelles. Il a donc maintenu sa convocation, même si le bureau de la Chambre, formé pour la plupart de députés du 14 Mars (excepté Michel Moussa et Berry lui-même), a refusé d'évoquer l'ordre du jour de la réunion du 8 juin.
Le problème qui se pose désormais est celui du quorum de cette séance. Les députés du 14 Mars menacent de la boycotter. Mais c'est la position du bloc parlementaire du leader druze qui sera déterminante pour le sort de cette séance. Or, hier, Joumblatt avait l'air plutôt pessimiste, surtout après son retour de sa visite-éclair au Qatar, et ses proches laissaient entendre qu'il pourrait boycotter lui aussi la séance parlementaire. Ce qui priverait celle-ci du quorum règlementaire. Malgré cela, Berry a annoncé hier devant les députés que si le quorum n'est pas atteint, il compte convoquer une seconde séance, une troisième et même plus, jusqu'à ce qu'elle puisse se tenir.
C'est sans doute dans une tentative de rassurer Joumblatt et de l'amadouer que le secrétaire général du Hezbollah a insisté dans son discours d'hier sur la détermination de son parti à faciliter la tâche du Premier ministre désigné, affirmant au passage qu'il est parfois injustement accusé (comprendre de ne pas vouloir de gouvernement), en s'adressant directement au représentant de Joumblatt, Doreid Yaghi.
Ce clin d'œil suffira-t-il à convaincre Joumblatt des bonnes intentions de la nouvelle majorité et de sa volonté de former un gouvernement ? Les prochains jours devraient être fastes en contacts et concertations à ce sujet.
Mais le grand rendez-vous d'aujourd'hui aura lieu à Bkerké, avec une réunion chrétienne élargie qui devrait regrouper 38 personnalités, dont les pôles qui ont déjà participé à la première rencontre, et 8 évêques, sous la houlette du patriarche Mgr Béchara Raï. Toutes les questions intéressant la communauté chrétienne au Liban (dont les postes au sein de l'administration et les appels à amender l'accord de Taëf) devraient être évoquées et si l'entente ne sera probablement pas au programme, le débat sera forcément utile et ne pourra que rapprocher les points de vue au moins sur les principes de base. Dans le feuilleton des polémiques actuelles, une telle rencontre ne peut que contribuer à détendre le climat général. De plus, les contacts établis récemment montrent que la manifestation, prévue le 5 juin à l'occasion de la naksa (la défaite arabe de juin 67), ne semble pas se présenter comme une réédition de celle du 15 mai, l'armée libanaise devant prendre en charge la sécurité le long de la frontière, à la demande de la Finul. Ni les Palestiniens, toutes tendances confondues, ni le Hezbollah ne souhaitent en effet mettre en difficulté l'armée dans un contexte déjà suffisamment compliqué...


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