Partant avec des vêtements et quelques affaires de première nécessité, fourrés dans des sacs en plastique, la mère et ses trois enfants partagent le minibus avec deux autres familles qui fuient elles aussi vers le sud.
L'ampleur de l'exode reste inconnue pour le moment mais le phénomène s'est amplifié depuis lundi quand des combats aux armes de tous calibres ont éclaté dans le nord de la capitale.
De violents accrochages, ayant fait 44 morts en deux jours, faisaient rage mercredi dans al-Hasba, un quartier du nord de Sanaa.
Ils opposent depuis lundi les forces gouvernementales aux partisans du puissant chef de la fédération tribale des Hached, cheikh Sadek al-Ahmar, qui s'est rallié aux protestataires réclamant le départ du président contesté Ali Abdallah Saleh.
"Outre l'insécurité, nos familles souffrent des coupures d'électricité, de l'eau courante et d'une pénurie de gaz domestique. La situation a empiré depuis le début de la semaine", explique M. Ali, qui s'inquiète du voyage périlleux pour sa famille jusqu'à Taëz, à 250 km plus au sud.
La peur semble s'être emparé des habitants de la capitale. Sur la place du Changement, épicentre de la contestation à Sanaa près de l'Université de la ville, les protestataires qui y campent depuis fin février ont vu leur nombre réduit de moitié: mardi, ils étaient à peine 3 000 en milieu de journée.
"Certains sont partis défendre cheikh Sadek al-Ahmar", dit Hachem Soufi, membre du comité d'organisation du sit-in.
"D'autres redoutent aussi une attaque contre la place", admet un autre, Wassim al-Qirchi, avant d'ajouter: "Nous poursuivrons notre sit-in pacifiquement. Nous résisterons à Saleh. Il ne pourra pas nous entraîner dans des actes de violence".
Habitant à mi-chemin entre la place du Changement et le quartier al-Hasaba, Antar al-Qadhabi, un père de famille de 35 ans, affirme se terrer chez lui de crainte d'être pris dans la violence. "Je ne sors de chez moi que rarement. Et lorsque je suis obligé de quitter la maison, ma famille s'inquiète pour moi en raison des violents accrochages qui éclatent à tout moment", dit cet architecte.
Et d'ajouter: "Si cet état de guerre persiste, je serai amené à m'enfuir avec ma famille pour me replie à Qoutaïta", son village natal dans la province de Taëz.
La population partait essentiellement par le sud. Ceux voulant se rendre dans le nord se heurtaient à des barrages de la Garde républicaine, les militaires les avertissant qu'ils risquaient de se faire interdire l'accès de la capitale s'ils décidaient de revenir, selon des habitants.
La région située au nord de la capitale est le fief des tribus des Hached, fortement armées, considérées comme les plus puissantes du pays et que dirige le cheikh Sadek al-Ahmar.
"Jusqu'à quand vont durer ces tirs ? Je veux sortir jouer dehors", dit Jihane Jamal, 7 ans, à l'adresse de son père.
Cette petite fille, cité par son père, témoigne de la peur et de l'ennui que ressentent des milliers d'enfants yéménites, actuellement en vacances scolaires et pris dans l'engrenage d'une guerre qui ajoute aux difficultés de ce pays pauvre de la Péninsule arabique.


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