Durant les trois ans écoulés, quelques réalisations ont été enregistrées. La sécurité, source de stabilité, a été assurée. Le calme a régné dans ce domaine, ce qui s'est répercuté positivement sur le plan économique, avec afflux de capitaux d'investissement et dynamisation de la production. Cependant, des analystes affirment que la période aurait pu être largement meilleure et plus fournie en progrès tangibles. Les citoyens ont placé beaucoup d'espérance dans le président consensuel d'entente, qui a toujours veillé à promouvoir son rôle, central et centriste, de trait d'union. Ce qui est d'autant moins facile qu'en même temps, il lui faut se soucier des équilibres, alors que le pays politique est scié en deux par un clivage vertical. Un conflit qui a fait perdre au Liban nombre de bonnes occasions. Notamment du fait que le bras de fer opposant le 14 Mars et le 8 Mars, qui se neutralisent l'un l'autre, bloque la machine d'État. Si l'on y regarde de près, le président Sleiman a dû passer une année entière sur trois à subir un vide d'activité publique par suite de la démission de gouvernements et de la mise en place d'autres. Ce qui a eu des effets fortement négatifs sur la productivité et le rendement économique.
Aujourd'hui, le Premier ministre désigné aborde le cinquième mois de sa mission de formation. Sur base, sans doute, de données, de vues nouvelles qu'il peut forger en réévaluant les positions, fixes ou variables, des blocs parlementaires. Il pourrait établir une nouvelle feuille de route en fin de semaine. Maintenant que les visiteurs étrangers, dont le séjour avait retenu les responsables et paralysé les tractations, sont repartis. Ce mercredi, le secrétaire général du Hezbollah, sayyed Hassan Nasrallah, doit s'exprimer à l'occasion de la fête de la Libération. Il ne manquera pas d'évoquer la question ministérielle, et le président Mikati pourrait en tirer profit pour activer le processus de formation. Avec le concours du président Nabih Berry qu'il a longuement rencontré lundi à Aïn el-Tiné, l'entretien abordant la situation interne à la lumière des développements extérieurs, notamment en Syrie.
À ce propos, une délégation du Hezbollah s'est rendue à Damas le week-end dernier. Elle en est revenue avec des impressions positives. Les Syriens certifient qu'il faut effectivement former un nouveau gouvernement au Liban, ne pas laisser le pays indéfiniment sans commandes. Mais, en écho sans doute à la temporisation que pratiquent leurs alliés du 8 Mars, ils conseillent de ne pas brûler les étapes.
Tergiversations
L'attentisme, dans une phase délicate, peut être profitable, la décision devant toutefois rester du ressort du directoire du Hezbollah. Un parti qui fait un peu le mort et ne se montre guère pressé puisque, jusqu'à présent, il n'a remis au Premier ministre désigné aucune demande propre, aucune liste, aucune précision sur les portefeuilles qu'il souhaite obtenir ni sur les noms. Sous prétexte que le président Mikati doit d'abord en finir avec les revendications du général Michel Aoun, que le Hezb qualifie de légitimes et de constitutionnelles. Le parti de Dieu ne veut pas faire pression sur le général et, au contraire, il invite Mikati à lui donner satisfaction.
Ces contradictions portent le président Sleiman, selon ses visiteurs, à estimer que le retard dans la formation du gouvernement découle de causes locales, c'est-à-dire des exigences des blocs, du manque d'accord général sur les quotas, la répartition des portefeuilles et les noms des ministres. Le président suit de près les efforts que le Premier ministre désigné ne cesse de déployer pour dénouer l'écheveau.
Il se confirme à ce sujet que Mikati n'a pas plus reçu de liste de Aoun que du Hezbollah. On sait qu'il avait prié toutes les parties concernées de lui communiquer leurs desiderata, en précisant qu'elles devraient, pour les noms, lui offrir un choix multiple. Étant, de plus, entendu qu'il ne serait obligé à rien et resterait libre de retenir un ministre dont la candidature n'aurait pas été avancée par sa formation, son souci étant de préserver les équilibres ainsi qu'une répartition équitable entre les régions comme entre les communautés.
Légitimes et constitutionnelles, selon le Hezbollah, les conditions de Aoun se résument d'abord dans cette exigence : c'est lui-même et non pas le Premier ministre désigné qui doit désigner les ministres relevant de son obédience, voire les portefeuilles devant revenir à son bloc. Un choix qu'il refuse de partager avec quiconque. Une logique qui signifie que ce sont les chefs de bloc, et non plus le Premier ministre désigné, réduit à un rôle honorifique, qui forment le gouvernement.
Répondant à ses contempteurs, le président Mikati déclare en privé et en substance : « Je procède suivant mon style propre, et les protagonistes doivent s'y accoutumer. J'agis conformément à la Constitution et à l'accord de Taëf, après la chute de la formule de Doha. D'ailleurs, ce qui s'était passé antérieurement en matière de formation des gouvernements était contraire à la Constitution. Je ne suis donc pas tenu à m'inspirer de ces précédents, bien au contraire. On ne peut en aucun cas voir dans le cabinet dit d'union imposé par Doha une jurisprudence s'imposant d'elle-même. »


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