L'opposition parlementaire accepte, les manifestants veulent juger Saleh
Si le front commun s'est dit prêt à signer cet accord, (sous certaines réserves qui ont été acceptées par l'Arabie Saoudite: Saleh ne formera pas le gouvernement et les sit-in ne seront pas interdits), les manifestants, comme ceux de la coordination des mouvements de jeunes, organisatrice des manifestations de la place de l'Université de Sanaa, y sont totalement opposés. Le porte-parole des protestataires de Sanaa, Hachem Al Soufi a déclaré « refuser totalement ce plan, et que non seulement le président Ali Abdallah Saleh parte, mais qu'il soit jugé ». Une manifestation de dizaines de milliers de personnes qui protestaient contre ce "plan du Golfe" a été réprimée le 26 avril à Sanaa, la capitale du Yémen. Douze protestataires y ont été tués. Les provinces du sud ont suivi le mouvement de contestation, alors que le président Saleh déclarait que « l'ère des coups d'État était révolue et qu'une transition du pouvoir passait exclusivement par les urnes ».
Le plan saoudien : trop conforme aux souhaits d'Ali Abdallah Saleh ?
La divergence est donc importante, entre la classe politique opposée au régime, mais prête à accepter un compromis avec Ali Abdallah Saleh, et les « forces de la rue ». Ces manifestants de la première heure comptent désormais plus de cent trente morts dans leurs rangs et réclament la démission immédiate suivie d'un jugement, de Saleh. Il est vrai que la proposition saoudienne ressemble à s'y méprendre à celle du président Saleh qui avait récemment refusé un exil offert par l'émir du Qatar mais demandé une « transition organisée, doublée d'une immunité pour lui-même et sa famille ».
Le pays peut-il sortir durablement de la crise avec les accords de Riyad ?
La crainte et la colère des manifestants opposés aux accords de Riyad, trop favorables, selon eux, au régime, est de voir Saleh gagner du temps et ne pas tenir ses engagements, comme il l'a souvent fait auparavant. Les « opposants de la rue » veulent aller jusqu'au bout de leur révolution et soupçonnent l'opposition parlementaire d'opportunisme en acceptant les propositions du Conseil de coopération du Golfe.
Gilles Gauthier, ambassadeur de France au Yemen de 2006 à 2009, estime que « si la classe politique est habituée à discuter, la révolution est une chose nouvelle. Il y a une aspiration populaire à un nouveau Yémen, il est donc normal que les volontés des uns et des autres ne soient pas en accord.» Sur l'acceptation à terme, par les manifestants, des accords de Riyad, le diplomate semble pessimiste : « Le délai d'un mois [qui conserve Saleh au pouvoir avant sa démission, ndlr] peut sembler court mais il permet au président de manoeuvrer. C'est un personnage très habile, il a toujours rusé, semé la division. Mais tout dépend de l'impunité ou immunité qu'il recevra, si c'est une impunité légale, les gens pourraient l'accepter, mais si c'est maintenir son niveau de fortune pour lui et ses proches, c'est autre chose... »
Sur la défiance de la population envers l'opposition politique qui souhaite signer les accords, M. Gauthier est très clair : « Ils sont peu représentatifs, en dehors de l'opposition islamique. Le seul objectif du président et de sa famille désormais, c'est la survie, et c'est au détriment du pays. Avec la révolution, il y a quelque chose de nouveau, on peut arriver à une sorte d'entente, mais il faut que tous les proches du régime qui tiennent des pans entiers de la société s'en aillent aussi. On ne sait pas si ce sera seulement le président qui s'en ira avec ces accords. Si c'est le cas, ce ne sera pas suffisant, c'est certain.»
Pour la stabilité à venir ou non du pays, l'ancien ambassadeur de France au Yémen pense que « la révolution a apporté au pays une unité. Si ça dure trop longtemps, que des gens jouent la division ça peut mettre la situation en péril, mais il y a réellement des choses nouvelles qui sont survenues. Les jeunes ont pris des initiatives sans en référer aux chefs de tribus, par exemple. Il y a toujours eu une nation yéménite, mais presque jamais d'État yéménite. Maintenant, ce qui est en jeu c'est que cette nation se trouve un état qui la représente. Ce n'est pas très facile, mais ce mouvement révolutionnaire a énormément changé les esprits. C'est une chance extraordinaire et je doute que les caciques au pouvoir puissent désormais imposer leurs vues. »
L'opposition parlementaire accepte, les manifestants veulent juger Saleh
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