La mère agonisante en blouse d’hopital. (Photo Sami Ayad)
Traduit en arabe par Lina Abiad et Rachid el-Daif, Kazifa fil Kalb est presque un long monologue d'un homme agité et confus pour affronter la solitude, l'exil, les souvenirs, surtout douloureux, et la maladie incurable d'une mère sur son lit pour l'ultime départ. Amertumes, colères et poésie font un curieux ménage où, entre tension et libération par les mots de tous les maux qui accablent un être, le théâtre est un vivant et vibrant
foyer de l'expérience et du vécu humain.
Les sapins sont scintillants, les routes couvertes de neige qui crisse et le froid piquant. Le monde vaque à ses occupations quotidiennes. Dans cette indifférence générale, Wahab est réveillé en pleine nuit, en cette soirée de Noël, pour assister sa mère mourante. Pour la rejoindre, en ce rude trajet hivernal, des pensées bouleversantes agitent le jeune homme.
De colères en désarrois, entre rêves, réalité, souvenirs et fiction, l'âge d'homme se construit, en revisitant le passé et faisant le bilan du moment, à travers des épreuves épuisantes, contraignantes.
Pour cela, Wajdi Mouawad, Libanais émigré au Canada et vivant actuellement en France, a les mots abondants pour cerner son déroutant parcours d'exilé et d'étranger sur la terre. Surtout après l'évocation d'une guerre civile qu'il a vécue, enfant, en toute dramatique intensité.
Si le décor en plusieurs plans épate un peu le spectateur et pique sa curiosité, la plupart des acteurs (une vingtaine) sont beaucoup plus en active figuration qu'en jeu réellement scénique. Sauf le narrateur, à la voix malheureusement mal posée et fastidieusement monocorde. Si certaines trouvailles scéniques sont intéressantes (une banquette publique qui devient vélo ou cage d'ascenseur), d'autres sont moins convaincantes, notamment cette grotesque représentation de la mort en femme en noir attifée d'une perruque peroxydée et à la gestuelle plus burlesque que fatale ou effrayante....Ou la mère agonisante, certes en blouse d'hôpital blanche, mais pourquoi en cheveux de druidesse d'Asterix?
Reste quelques moments de poésie touchante de simplicité avec une enfant trisomique qui se promène sur l'hermine blanche en offrant des fleurs aux passants, un père Noël grincheux qui a une panne de voiture en plein blizzard et quelques «tabernacles» laissés intacts pour être lâchés au milieu d'un flot de vocables arabes, somme toute, prosaïques, car la langue de l'auteur de Forêts et Ciels taille surtout dans la concision, la parcimonie et la plus élémentaire des simplicités.
Le mérite de cette production est surtout de révéler un dramaturge adulé et à succès, d'origine libanaise (mais, comme le dit si bien le proverbe, hélas, «nul n'est prophète en son pays!»), même si l'œuvre est quelque peu vidée de sa substance à cause de quelques maladresses d'interprétation ou de choix de personnages inutilement grossis au fusain et presque caricaturés.


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