Bien évidemment, toutes tendances politiques mises de côté, les corps constitués, les religieux, l'ensemble des professions libérales, médecins, avocats, ingénieurs, infirmiers, journalistes, techniciens des médias, garagistes, marchands de primeur, etc. insistent tous sur la nécessité d'un gouvernement Mikati toutes affaires cessantes. Un groupe a adopté la devise « nous voulons un gouvernement pour les gens, et non pas un gouvernement pour les politiciens ». Une délégation a rendu visite au président Michel Sleiman pour lui remettre un mémoire circonstancié. Le texte certifiant que la société civile ne se reconnaît qu'un seul toit légal, l'État, en soulignant que le président de la République reste la soupape de sûreté nationale et le garant de la loi. Ce groupe de notables va également démarcher le président Nagib Mikati, pour le prier d'aller vite en besogne.
Mais un spécialiste qui suit de près le processus remarque, pour commencer, que les parties politiques ont bien défini leurs positions. Le 14 Mars a opté pour l'opposition non participative. Le 8 Mars a décroché la majorité. Dès lors, il entend suivre la politique syro-iranienne de barrage face au projet américain soutenu par le 14 Mars. Le tableau étant ainsi clairement posé, poursuit cet observateur, le débat porte aujourd'hui sur la meilleure formule à retenir, parmi les idées qu'avance le Premier ministre désigné. La plupart se fondent sur le chiffre 30. Mais l'on oscille toujours entre la densité du panachage : un cabinet politique épaulé par des technocrates, ou le contraire ?
Une formation réussissant, malgré la mise de côté du 14 Mars, à représenter toutes les couleurs de l'arc-en-ciel libanais, toutes les composantes de la société sinon de la nation ?
Promesses
Un peu pontifiant, un politicien proche du président Mikati rappelle qu'il n'est de perfection qu'en Dieu Tout-Puissant. Partant de là, le Premier ministre désigné chercherait non pas à satisfaire tout le monde et son père, mais à mécontenter le moins possible des composantes structurelles de la société, en vue d'une équipe de travail, de partenariat effectif, sincère, assumant la responsabilité et restant bien soudée pour s'occuper en priorité des gens et de la crise socio-économique, loin des disputes ordinaires de la politique politicienne, ou même des conflits fracassants sur le TSL ou l'armement. Des sujets qui, selon Nagib Mikati, doivent être déférés devant le comité national de dialogue. Pour conclure que maintenant que les choses sont tirées au clair, le temps de proclamer la formation du gouvernement est tout proche.
Les opposants contestent le climat d'optimisme des proches du président Mikati et de certains cadres du 8 Mars. Ils font valoir qu'en bonne logique, si les obstacles avaient été levés, le gouvernement aurait déjà été proclamé, en rappelant les positions en flèche adoptées par le général Michel Aoun à l'issue de la réunion de son bloc parlementaire, mardi dernier. Il a, en effet, tiré à boulets rouges sur le chef de l'État et sur le Premier ministre désigné, insistant toujours pour obtenir le ministère de l'Intérieur. Il subsiste en outre, soulignent les opposants, des différends persistants sur les quotes-parts, sur les noms et sur la répartition des portefeuilles. Pour eux, le retard est lié aux événements de Syrie, dont les dirigeants n'ont présentement pas la tête à arbitrer les contradictions du 8 Mars et des alliés qui lui assurent sa nouvelle majorité, ni de prodiguer une assistance sous forme de conseils déterminés. Toujours selon les opposants, le nœud véritable au sein de la nouvelle majorité se situe au niveau du projet politique global de chacun. Mikati n'est pas partisan d'un assujettissement à l'axe syro-iranien. Berry, bien que solidaire, n'est pas concerné par le TSL, ou même par l'armement, comme le Hezbollah. Il soutient que le retard, à cause d'exigences déterminées, est un complot contre le Liban mais également contre la Syrie, dans ses épreuves actuelles. Et il ne cesse d'ailleurs de prôner une sorte d'élimination du clivage vertical opposant le 8 au 14 Mars, en faveur d'une coalition nationale. Il n'est pas, non plus, très chaud pour l'Intérieur à Aoun. Quant à Walid Joumblatt, il veut la détente et l'entente, ne prend pas parti et se situe au centre.
Sur le plan des spoliations de biens domaniaux et d'agressions physiques contre les militaires, comme contre les FSI, la majorité réclame l'application de la loi. Le mouvement Amal et le Hezbollah soutiennent qu'ils ne couvrent pas les contrevenants, mais ne font rien pour les mettre au pas, alors qu'ils en ont la capacité. En fait, les opposants relèvent que les attaques sont manifestement le fruit d'un plan préétabli visant à saper l'autorité de l'État de droit que beaucoup combattent, comme la Syrie, l'Iran, Israël et le Hezbollah.


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