« Des jeunes partisans des forces politiques de la ville sont venus me dire que les magasins de boissons alcoolisées n'étaient guère les bienvenus », a-t-il ainsi affirmé à l'AFP, de la terrasse de sa maison à Nabatiyeh. « Ils m'ont fait comprendre qu'ils étaient capables de me faire du mal si je n'obtempérais pas », a ajouté le marchand, âgé de 50 ans.
Dans un Liban multiconfessionnel nettement plus libéral que la majorité des pays arabes, la consommation et la production d'alcool sont répandues, sauf dans certaines régions musulmanes - ces régions, où il est rare de voir restaurants et cafés servir de la bière ou du vin, sont dominées soit par le Hezbollah, soit par des fondamentalistes sunnites qui appliquent à la lettre la charia islamique.
Interrogé sur l'identité des « jeunes » qui sont venus le voir, Yaacoub, qui dit avoir pour des « millions de dollars » de marchandises, assure qu'il s'agissait de « partisans du Hezbollah et d'Amal ».
Sous la pression d'une pétition « rassemblant 900 signatures », le président du conseil municipal de cette ville plutôt conservatrice a pris la décision de demander la fermeture de plusieurs magasins, provoquant un tollé dans les médias et les réseaux de socialisation.
« Les habitants de Nabatiyeh exigent que les magasins de spiritueux ferment leurs portes », lit-on ainsi sur une bannière accrochée près de l'échoppe de Yaacoub.
« Ces bannières sont apparues soudain depuis une semaine », affirme Samir Sabbagh, qui dirigeait avec son père une autre société de vente d'alcool, fondée il y a 20 ans. « Des inconnus ont distribué des tracts appelant à la fermeture des magasins. Vendredi dernier, après la prière, des manifestants sont sortis de la mosquée en scandant des slogans contre l'alcool », ajoute-t-il.
Lui et son père ont immédiatement fermé leur société. « Je suis laïc, je suis pour les libertés, mais j'ai été mis devant le fait accompli. »
Dans la rue, les gens murmurent que « si le Hezbollah n'avait pas fermé l'œil sur cette campagne, personne n'aurait osé l'organiser ».
Mais sur Facebook, des internautes ne ménagent pas le puissant parti chiite, se demandant si la ville était devenue « iranienne » ou une sorte de « république islamique »... Une page en arabe est intitulée « La liberté des jeunes de Nabatiyeh est une ligne rouge », une autre « Non à l'oppression, oui à l'alcool dans la banlieue sud », etc.
Le Hezbollah a refusé de s'exprimer sur ce dossier.
Le président du conseil municipal de Nabatiyeh, Ahmad Kahil, a de son côté plaidé que « l'alcool nuit à l'ordre public et aux valeurs morales ». Pour Ali Sabbagh, membre du conseil, « il fallait mettre en place une réglementation » plus stricte, plutôt qu'une interdiction. « Il ne faut pas s'ingérer dans la liberté des gens. Interdire par la force contredit la Constitution qui garantit les libertés individuelles », ajoute-t-il, soulignant que les magasins concernés avaient une autorisation des autorités pour vendre de l'alcool.
Rappelons qu'il y a plus de dix ans, des explosions avaient visé des magasins vendant de l'alcool à Saïda, et depuis, rares sont ceux qui osent braver cette interdiction de facto.


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