Avec cette exposition « Madame Grès, la couture à l'œuvre » (25 mars-24 juillet), le musée Galliera, fermé pour travaux jusqu'au printemps 2012, inaugure sa programmation hors les murs. Son directeur Olivier Saillard, commissaire de l'exposition, en a réalisé la scénographie.
Pendant plusieurs décennies, Madame Grès (1903-1993), de son vrai nom Germaine Krebs, a été célébrée pour ses fameux drapés, ses modèles épurés masquant la complexité de son travail, et le jersey, sa matière de prédilection. Avec une constante, la sensualité affleurant sous la technique.
« Je ne crée jamais une robe à partir d'un croquis. Je drape sur un mannequin, puis j'étudie à fond son caractère et c'est alors que je prends mes ciseaux », expliquait-elle dans une de ses rares interviews.
Une centaine de modèles allant des années 30 aux années 80, provenant du musée Galliera et de collections privées, sont rassemblés, ainsi qu'une cinquantaine de photographies originales et une centaine de croquis de la maison Grès. Ces dessins font partie d'un ensemble de 3 000 pièces, dont des esquisses griffonnées de la main de la couturière, qui a rejoint les collections de Galliera grâce à la Fondation Pierre Bergé-Yves Saint
Laurent.
Au fil des salles, on remarque la perfection des longues robes de jersey drapé, souvent ivoire, des tailleurs un peu austères en tissu double face. La modernité des coupes fait penser à Azzedine Alaïa et aux créateurs japonais. Au détour d'un pan de mur, on découvre un portrait de la couturière, le visage fin sous son éternel turban de jersey.
De sa vie privée, on sait très peu de choses : « Elle avait une voiture de luxe aux sièges tendus de vison et aimait à s'entourer de tableaux de maîtres », relève Olivier Saillard.
En 1984, Madame Grès a cédé sa maison de couture à Bernard Tapie qui l'a revendue deux ans plus tard. La couturière a présenté sa dernière collection dans ses salons d'un blanc immaculé de la rue de la Paix en 1987.
Son dernier modèle, une longue robe au dos sculpté façon obi, est exposé au musée Bourdelle. Elle lui a été commandée cette année-là par Hubert de Givenchy qui fut l'un des seuls à la soutenir alors qu'elle était confrontée à des difficultés financières.
« J'ai toujours pensé que la vie est une lutte interminable et j'étais convaincue que si j'abandonnais cette lutte, la vie elle-même m'abandonnerait », confiait Madame Grès.
Elle fut discrète jusque dans la mort, en 1993. On apprit sa disparition dans un total dénuement un an plus tard.

