"Les prétendues frappes chirurgicales, cela n'existe pas. Toute intervention militaire entraîne des victimes civiles", a déclaré M. Westerwelle devant les députés du Bundestag, quelques heures après l'adoption par le Conseil de sécurité de l'ONU d'une résolution autorisant le recours à la force aérienne contre le régime libyen, un vote lors duquel l'Allemagne s'est abstenue.
La décision allemande de s'abstenir "n'a pas été prise facilement", mais "après évaluation des risques, nous sommes arrivés à la conclusion que nous ne voulons pas mêler des soldats allemands à une guerre, à une intervention militaire en Libye", a expliqué le ministre.
"Nous ne sommes pas capables, partout dans le monde, de soutenir ceux qu'on opprime. Mais nous sommes capables, partout dans le monde, de faire clairement entendre notre voix, et de faire savoir (aux opprimés) qu'ils ne sont pas seuls et que nous sommes à leur côté", a déclaré M. Westerwelle, ajoutant que Berlin se tenait "avec la communauté internationale contre Kadhafi".
Le ministre, qui a également rang d'adjoint de la chancelière Angela Merkel, a exprimé son soutien aux manifestants à Bahreïn, où les autorités ont décrété l'état d'urgence à l'issue de heurts sanglants, ainsi qu'à ceux au Yémen où plus de 30 personnes ont été tuées et 100 blessées lors de tirs vendredi.
Concernant la résolution de l'ONU, M. Westerwelle a souligné que celle-ci conférait une "légitimité internationale" à l'intervention militaire contre le régime de Kadhafi.
"Nous comprenons ceux qui, pour des motifs respectables, se sont prononcés pour une intervention militaire internationale en Libye", a déclaré le ministre.
Et "je peux vous assurer que ceux qui ont voté pour (la résolution) ont également à la fois respect et compréhension pour notre attitude et notre prise de position", a-t-il ajouté.
La prudence de Berlin s'explique par une tradition pacifiste profondément ancrée dans l'histoire d'un pays toujours marqué par le traumatisme du nazisme. M. Westerwelle a également fait référence "à l'histoire récente d'opérations militaires".
Berlin envisage toutefois d'autoriser la participation de soldats allemands aux missions des avions-radars Awacs en Afghanistan pour soulager l'Otan en Libye, au cas où l'alliance déciderait d'intervenir, ont indiqué des sources parlementaires allemandes. Ceci nécessiterait toutefois un nouveau mandat du parlement allemand.
La résolution de l'ONU autorise à prendre "toutes les mesures nécessaires" pour protéger les civils et imposer un cessez-le-feu à l'armée libyenne, y compris des frappes aériennes, mais précise qu'il n'est pas question d'occupation militaire.
Le texte a été adopté par 10 voix sur les 15 membres du Conseil de sécurité. La Chine et la Russie se sont abstenues mais n'ont pas utilisé leur veto pour bloquer le texte. L'Allemagne, le Brésil et l'Inde se sont aussi abstenus.

