Sur le plan interne, la nouvelle majorité rejette la responsabilité du manque d'entente sur les souverainistes. Pour leur refus de céder sur la question du TSL tout comme pour leur obstination à exiger le désarmement du Hezbollah. Le 8 Mars affirme que s'il avait opéré un putsch politique, comme le 14 Mars l'en accuse, il aurait de suite formé un gouvernement monochrome, sans proposer au camp d'en face de participer au pouvoir, comme il l'a fait. Le chef du bloc parlementaire du Hezbollah, Mohammad Raad, affirme ainsi que la main reste tendue à la nouvelle minorité, même après son rejet du partenariat.
Selon des cadres du 8 Mars, le président Nagib Mikati, conscient de la gravité des circonstances, rejette l'idée d'un gouvernement monochrome pour plus d'une raison. Il sait qu'en tout cas le chef de l'État refuserait d'avaliser une telle formule et de signer les décrets de formation. Le président de la République tient en effet au principe du partenariat politique, même s'il faut recourir pour l'essentiel à des technocrates. Étant du reste entendu que tout ministrable, qu'il soit ou non un professionnel de la politique, a ses penchants et ses sympathies. La différence résidant dans le degré d'engagement et de parti pris.
Quoi qu'il en soit, l'intensité du conflit entre le 8 Mars et le 14 Mars porte le président du Conseil désigné à revenir aux fondamentaux de colmatage. Il a ainsi déclaré récemment qu'il faut absolument se référer, dans le processus de composition d'un cabinet, à cette Constitution qui, à l'en croire, n'autorise aucune communauté, aucun parti, aucune fraction, aucune personnalité à disposer au sein du Conseil des ministres d'une majorité de décision ou de blocage. Le message est clair. L'intéressé certifie de la sorte que ni lui ni le chef de l'État ne sont disposés à remettre le pouvoir politique effectif à une tierce partie. Mais qu'ils vont veiller à faire respecter le principe de partenariat équilibré.
Cependant, la donne reste aussi incertaine qu'incomplète. C'est que les signaux émanant du décideur syrien vont dans le sens de l'expectative. La Syrie semble, encore une fois, attendre de voir quel prix elle peut obtenir pour débloquer la situation au Liban. Elle souhaite en premier, comme on le sait depuis longtemps, que les Américains lui reconnaissent un rôle régional avancé et traitent positivement avec elle.
Les deux Khalil, le député Ali Hassan Khalil (Berry) et Hajj Hussein Khalil (Nasrallah), reviennent de Damas avec des impressions peu encourageantes. Les responsables syriens expliquent leur manque d'aide par rapport aux obstacles ministériels libanais en assurant qu'ils ne veulent pas se mêler d'une affaire intérieure libanaise. Ils se contentent de conseiller aux Libanais de traiter eux-mêmes le nœud Aoun, par exemple, en soulignant qu'il ne faut attendre de leur part aucun effort, aucune pression.
Cette passivité peut cependant s'évanouir rapidement avec le danger pressant des événements régionaux et le risque, à partir de Bahreïn, d'une confrontation entre sunnites et chiites qui pourrait s'étendre au Liban. On note ainsi que le roi Abdallah d'Arabie saoudite a dépêché d'urgence son conseiller, l'émir Abdel Aziz, auprès du président syrien Bachar el-Assad. Un message impliquant une tentative de relance de l'initiative commune, dite S-S, concernant le traitement du dossier libanais. Les échanges vont certainement s'intensifier à l'occasion de la visite que le président Assad doit effectuer à Riyad, pour féliciter le roi Abdallah pour le rétablissement de son état de santé et pour son retour dans sa capitale. En fait, le chef de l'État syrien a déjà demandé à être reçu, mais les Saoudiens l'ont prié courtoisement d'attendre que leur souverain ait bien terminé sa période de convalescence.
Pour conjurer le danger de heurts au Liban, les Syriens conviendraient donc avec les Saoudiens de la nécessité d'aider à hâter la mise sur pied du nouveau gouvernement. Ce qui ne peut se faire, indiquent des cadres du 8 Mars, qu'en donnant carte blanche au président Mikati pour former une équipe sans se voir poser, ou imposer, des conditions et des exigences exorbitantes. L'on apprend sur ce plan que le Hezbollah a informé l'intéressé qu'il n'insisterait pas pour que la déclaration ministérielle mentionne expressivement son cahier des charges concernant le TSL. De plus, toujours pour faciliter la formation, le Hezb souhaiterait prier le général Aoun de mettre de l'eau dans son vin. En acceptant une formule prévoyant la double reconduction de Gebran Bassil à l'Énergie et de Ziyad Baroud à l'Intérieur.


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