L'insurrection, qui progresse vers l'ouest depuis plusieurs jours, affirme contrôler désormais Ras Lanouf après de violents combats avec les forces gouvernementales. /
Sur le terrain diplomatique, Tripoli a demandé à l'ONU de lever ses sanctions contre la Libye.
Vendredi soir, un responsable gouvernemental libyen a affirmé que l'Ouest du pays était "totalement sous le contrôle" du régime, mais que l'Est restait "problématique".
À Bengazi, le "Conseil national" mis en place par l'opposition libyenne pour renverser M. Kadhafi et préparer une transition politique devait tenir sa première réunion formelle samedi dans un lieu tenu secret.
L'ancien ministre de la Justice, Moustapha Abdeljalil, qui a été l'une des premières personnalités importantes du régime à rejoindre l'opposition dans les premiers jours de la révolte, a été nommé président de ce conseil créé mardi et composé de 30 membres.
L'insurrection, qui progresse vers l'ouest depuis plusieurs jours, affirme contrôler désormais Ras Lanouf après de violents combats avec les forces gouvernementales. Tripoli a démenti et assuré que la situation y était "normale".
Les combats de vendredi ont fait au moins 10 morts et plus de 20 blessés, selon un médecin de l'hôpital d'Ajdabiya, à 200 km à l'est de Ras Lanouf, où ont été transférés une partie des tués et des blessés.
Ras Lanouf est un port pétrolier stratégique à une centaine de kilomètres à l'est de Syrte, ville natale et fief du colonel Kadhafi, qui fait face depuis plus de deux semaines à une insurrection sans précédent en près de 42 ans de règne.
Dans la ville, des rebelles étaient positionnés à l'extérieur du complexe pétrolier d'Harouge, des casernes et du commissariat, mais il n'était pas possible de confirmer dans l'immédiat si les rebelles contrôlaient la totalité des zones résidentielles de Ras Lanouf.
La situation restait en revanche confuse, sur un deuxième front à Zawiyah (60 km à l'ouest de Tripoli), contrôlée depuis le 27 février par les manifestants anti-Kadhafi mais théâtre vendredi de combats qui ont fait de "nombreux" morts et blessés, selon un témoin et l'opposition.
Une journaliste de la chaîne britannique Sky News sur place a rapporté samedi que l'opposition semblait "avoir repris la ville".
"Ils célèbrent (la victoire) sur la place du marché. Il y a trois chars pris (à l'armée) et en feu. Il y a encore des tirs, mais il semble que ce sont des tirs de joie", a-t-elle déclaré, précisant avoir vu des corps de soldats de l'armée régulière.
À quelques kilomètres de la ville, des tirs par intermittence et des rafales ont été entendus alors que des pick-up remplis de soldats et de miliciens pro-Kadhafi se dirigeaient vers Zawiyah. Des chars et batteries antiaériennes étaient déployés autour de la ville.
"À Zawiyah, tout est revenu à la normale", a déclaré vendredi soir le vice-ministre libyen des Affaires étrangères, Khaled Kaaim, affirmant que la population s'était soulevée contre "les terroristes" avec le soutien de l'armée.
À Tripoli, des affrontements ont opposé vendredi les forces de l'ordre à une centaine de manifestants scandant des slogans contre le régime dans le quartier rebelle de Tajoura. La police a fait usage de gaz lacrymogène pour disperser les protestataires, selon des témoins.
Au 19e jour de révolte, les insurgés cherchaient à avancer le long de la côte après d'âpres combats.
"Le plan est d'avancer petit à petit dans leur direction pour les pousser à reculer. Nous ne voulons pas nous battre, nous voulons leur imposer une pression psychologique (...) Mais si nous devons tuer pour remporter cette bataille, nous le ferons", a assuré le colonel Bachir Abdelkader.
Vendredi soir, deux explosions ont détruit un dépôt d'armes sur la base militaire Al-Rajma, à 20 km au sud-est de Benghazi, tuant au moins 27 personnes, selon des sources médicales. Plus de vingt personnes ont également été blessées, selon ce nouveau bilan, qui pourrait encore s'alourdir.
"Nous ne savons toujours pas avec certitude si c'était un sabotage, un accident ou une frappe aérienne, mais personne n'a vu d'avion", a précisé Moustapha Gheriani, un porte-parole du Conseil national indépendant mis en place par les insurgés dans l'Est du pays qu'ils contrôlent.
Tripoli, qui a demandé vendredi au Conseil de sécurité de l'ONU de suspendre les sanctions adoptées samedi contre M. Kadhafi, a donné son feu vert au gouvernement vénézuélien pour une commission de paix.
À la frontière tunisienne, où une course contre la montre étaient engagée pour éviter une catastrophe humanitaire, le cap des 100 000 réfugiés ayant fui le chaos a été franchi vendredi, selon la protection civile tunisienne.

