Le juge Stephen Breyer : Camus, sa grande référence.
Selon Francis Huster, Albert Camus avait fait une adaptation théâtrale de son texte, La Peste, et avait demandé après la guerre à Jean-Louis Barrault de la mettre en scène. Cela avait été un échec. À la fin de la répétition générale, Camus et Barrault se sont jurés de remonter ce spectacle qui serait interprété par un acteur seul. Et ce devait être Camus. Ce dernier en avait commencé l'enregistrement sur disque, mais il est décédé avant de le terminer. Des années plus tard, Barrault a demandé à Huster de prendre la relève. Ce qu'il a fait avec un immense succès. Le soir de sa performance à Washington, ce grand acteur a précisé que c'était là sa 194e
représentation.
Juge US et camusien pur sucre
Et, ce soir-là aussi, se trouvait dans l'audience un spectateur de marque et un illustre connaisseur d'Albert Camus: à savoir, l'un des juges les plus notoires de la Cour suprême des États-Unis, Stephen Breyer, qui siège depuis 1994. Nommé par le président Bill Clinton, il est réputé pour être l'un des membres les plus progressistes de la Cour suprême. Nous l'avons approché et, le plus simplement du monde, il nous a exprimé dans un excellent français toute l'admiration qu'il portait pour l'auteur de La Peste. Presque un livre de chevet dont il connaît par cœur les quatre dernières pages, dont il cite un passage à chaque conférence qu'il donne aux États-Unis pour renforcer son argumentation. Il nous le dit: «Le bacille de la peste ne meurt ni ne disparaît jamais, il peut rester pendant des dizaines d'années endormi dans les meubles et dans le linge, il attend patiemment dans les chambres, les caves... et réveillerait ses rats et les enverrait mourir dans une cité heureuse. Donc le bacille est encore vivant et le restera encore pendant de longues années menaçant les hommes du retour d'un éventuel drame...» Et d'ajouter: «À l'homme de le vaincre.»
Marié à une psychologue de l'aristocratie anglaise, il reste un camusien et un francophone pur sucre, qui lit quotidiennement dans la langue de Molière, qui se rend très souvent à Paris pour donner des conférences au Collège de France et dont l'un des ouvrages paraîtra en juin, aux éditions Odile Jacob, sous le titre: La Cour suprême. Last but not the least, il nous apprend que l'un de ses grands amis est libanais. Il se nomme Tony Asseily et l'avait connu, ainsi que toute sa famille, lorsqu'il faisait ses études à l'Université d'Oxford, en Angleterre.
Dans un autre registre, on parlera du Liban dans ce même espace théâtral, qui doit accueillir, les 24 et 25 mars, Darina al-Joundi dans son spectacle, Le jour où Nina Simone a cessé de chanter.

