« Tournesol ». (Michel Sayegh)
Empreints d'une douce et lumineuse sérénité, ces pastels sur velours frappent non seulement par la résonance de leur beauté, mais aussi par cette singulière fluidité - et là, c'est le secret d'une technique superbement maîtrisée - qui leur prête un souffle palpitant mêlant paradoxalement, mais en toute harmonie, vigueur et fragilité.
D'abord ces somptueuses roses au rouge vif, dont les pétales s'ouvrent et se donnent aux regards sans langueur ni chichi. Une rose qui ferait pâlir de jalousie tous les mots des poètes, même Ronsard, redoutant le sort éphémère des roses, aurait été à la même enseigne.
Du potager, l'artiste a croqué des natures mortes (fort vivantes) entre napperon oriental et panier tressé en osier. S'étalent, en toute chaleureuse présence, poivrons (aussi bien verts que jaunes ou rouges), une tête d'ail et ses gousses ainsi que des assortiments de potirons de toutes dimensions où taches et zébrures se lovent les unes contre les autres comme des grappes d'agrumes ou de fruits. Tous en terrain de famille, car tous nés de la tribu des cucurbitacées.
On retrouve bien un bout des jardins imaginaires à la Guiseppe Archimboldo (sans son maniérisme, sans ses masques bachiques, sans son humour, sans son rapport avant terme avec le surréalisme) dans ce groupement et cet agencement désinvolte, certes sage et sans prétention, mais doté de toute évidence d'une indéniable élégance.
Un bout de lavande au mauve estompé, des fils de chanvre et toujours ces courges vertes ou oranges, rondes ou oblongues pour des natures mortes qui reposent en toute vivacité, mais calfeutrées et patientes dans leur cadre serein et
frugal.
Travail aussi patient et tout en finesse pour ces pastels qui sont sans nul doute enfants des moments de silence, de solitude et de labeur pour un chant intérieur tissé d'aspiration à la paix et à l'harmonie.
* Galerie Alice Mogabgab, Achrafieh, jusqu'au 17 mars.

