À chacun son rang : les aristocrates à droite, la domesticité à gauche.
On est en avril 1912. Vivent dans cet immense domaine qu'est «Downton Abbey» un comte, sa mère (très à cheval sur les principes), son épouse très argentée, leurs trois filles et un bataillon de serviteurs. Ces propriétaires huppés sont à la recherche d'un cousin pour en faire leur gendre, car l'ensemble de leurs biens (un manoir, des terrains et tout le village où ils se trouvent) doit revenir à un mâle de la famille. Ils repèrent un cousin éloigné qui vit avec sa veuve de mère à Manchester. Son père était médecin et lui est avocat: une hérésie pour la gentry qui ne conçoit pas que l'on pratique un métier. Néanmoins, ils sont conviés à venir goûter à la vie de château. Et là, ce sera un choc. Le cousin est bien de sa personne. Il monte à cheval mais a horreur de la chasse, ne laisse pas le valet lui choisir ses vêtement et se verse son thé, au grand dam du «butler»: «Ceci n'est pas notre genre», s'exclame la famille du comte. Sa mère observe les règles de la «haute», mais elle aussi a un pied dans la modernité: elle ira faire du volontariat à l'hôpital du village («shoking»!) et même y introduit les derniers en date des traitements. Tout cela fait partie de ce que l'on appelle les «étages supérieurs» de la demeure.
Hiérarchie domestique
Dans la fresque des «étages inférieurs» (ou quartier de la domesticité), se joue aussi la distinction des classes car on discerne la différence entre un valet et un laquais, une housekeeper et une femme de chambre, un « butler » et un garçon de table. Même si chacun connaît sa place, il commence à souffler ici également un vent de liberté. On découvre que l'une des femmes de chambre est en train de prendre en secret des cours de sténo-dactylo par correspondance. Elle aspire à devenir secrétaire. « Oh my God ! Quoi, quitter une place de bonne dans une grande famille qui, de plus, est compatissante ? » Certains, au haut et au bas de la hiérarchie, la comprennent. Difficile de fermer totalement la porte au progrès technique et au changement social, avec pour fond les prémices de la Première Guerre mondiale. Bien que nettement séparés, les «étages supérieurs » et les «étages inférieurs» doivent compter les uns avec les autres pour affronter de nouveaux jours. Les téléspectateurs ne peuvent que dire : Ah ! Les beaux jours, en voyant défiler l'attrayant décorum qui constituait le cadre, «so british », de vie de l'aristocratie et cette insouciance, à la Balzac ou «l'art de se balancer dans la vie comme sur une escarpolette, sans s'inquiéter du moment où la corde cassera».

