Michel Khaïrallah au violon et Janna Popkova au clavier interprétant des pages musicales d’Eugène Ysaye et César Frank. (Wassim Daou)
Sous les feux de la rampe, deux interprètes familiers aux mélomanes libanais: Michel Khaïrallah au violon et Janna Popkova au clavier. Au programme, sous ombrelle liégeoise, deux compositeurs amis, Eugène Ysaye et César Frank.
Ouverture avec un bref, mais attachant opus d'Ysaye, qui revisite une vibrante sonate de Pietro Antonio Locattelli, précurseur de Paganini, virtuose accompli de l'archet, élève de Corelli et quelque peu sous influence vivaldienne.
De l'atmosphère baroque, raffinée et élégante reste une certaine essence. Mais le souffle d'Ysaye s'impose en force dans cette Sonate en fa mineur (Au tombeau) aux tonalités plutôt sombres, oscillant entre gravité et tristesse.
Quatre mouvements (lento assai e mesto, allegro tempo largo e con passione, adagio, cantabile) alternant douceur chantante du violon et chromatismes impétueux du clavier dans un torrent de mélodies plus suaves et mélancoliques que véhémentes ou rageuses. Tout en rompant avec les excès des romantiques, voilà une narration élégiaque, tout en lyrisme discret, émotions frémissantes, mais contenues. Surtout le lamento de la boîte magique, avec toutefois des moments où l'archet de l'interprète fléchit et les notes gondolent.
Pour reprendre le relais, César Frank, l'ami qui a offert en cadeau de mariage à Ysaye une de ses plus belles compositions, revit sous la flaque de lumière à travers la Sonate pour violon et piano en la majeur.
Quatre mouvements (allegro ben moderato, allegro, recitativo-fantaisie, allegro poco mosso) pour traduire toute la richesse sonore de l'organiste qui a su concilier spiritualité et derniers élans des
romantiques.
Belge de cœur, mais profondément français, César Frank, loin d'être un simple musicien et organiste d'église, offre une brillante palette de couleurs où ses phrases s'épanouissent telle une envolée en rosace proustienne. Ces phrases qui sortent l'une de l'autre comme ces poupées gigognes russes qui n'ont pas fini de nous étonner, de nous séduire, de perpétuer un étrange enchantement.
Belle interprétation, avec doigté, sentiment et presque panache, pour cette sonate « frankienne » empreinte d'une certaine piété, mais aussi d'une lumineuse force vive où violon et piano, en symbiose, ont eu de parfaites et perceptibles harmonies et complicités.

