Mais ces comptes d'apothicaires n'intéressent pas Klopp, pas plus que le titre honorifique de champion d'automne ou même celui de champion d'Allemagne. Officiellement, Dortmund n'est candidat à rien : « Ce sont les autres qui parlent du titre pour nous. Nous sommes contents de notre classement et de nos résultats, cela nous donne beaucoup de confiance, mais on ne perd pas de temps à penser au titre », a ainsi expliqué Klopp après la 12e victoire de son équipe, samedi contre Mönchengladbach (4-1). « Le Bayern reste le favori », a déclaré cette semaine le défenseur de Dortmund Neven Subotic. Et ce même si le géant bavarois, qui affronte Schalke 04 sur son terrain samedi, affiche 14 points de retard !
C'est bien Dortmund qui domine le championnat 2010-11 avec ses sept victoires consécutives en déplacement - nouveau record en Bundesliga -, ses 37 points sur 42 possibles - seul le Bayern a réussi une telle moisson, en 2005-06 -, ses 35 buts inscrits et 9 concédés.
Sans mentionner la domination des joueurs de Klopp en termes de tirs au but, de duels gagnés ou encore de kilomètres parcourus par match. Dortmund écrase tout sur son passage alors que deux de ses cadres, les anciens internationaux allemands Patrick Owomoyela et Sebastian Kehl, sont pourtant blessés. Mais le leader, dont le sixième et dernier titre de champion date de 2002, compense par son état d'esprit, sa jeunesse et sa condition physique, trois atouts développés par Klopp, depuis son arrivée en 2008. L'ancien entraîneur de Mayence n'a pas eu le choix, car Dortmund est encore plombé par l'endettement colossal (150 millions d'euros) qui avait failli le contraindre au dépôt de bilan en 2005. Les plus gros salaires ont été priés de faire leurs valises et Klopp a lancé des jeunes formés au club (Sahin, Götze, Schmelzer), repérés en Allemagne (Grosskreutz, Bender, Hummels) et dénichés à l'étranger à moindre coût (Barrios, Kagawa). Klopp, 43 ans et primé plusieurs fois pour son travail de consultant télé, a instillé un style de jeu, le « Vollgasfussball » (littéralement football à pleine vitesse), qui n'est pas sans rappeler celui de l'Allemagne lors du Mondial 2010. Ses dirigeants, désireux de contrer l'intérêt éventuel du Bayern, lui ont fait signer une prolongation de contrat jusqu'en 2014 et font le forcing pour que les jeunes talents fassent de même. Même l'action Borussia Dortmund, longtemps risée des analystes, retrouve des ailes en Bourse : elle a bondi jusqu'à 3,6 euros fin novembre, près de quatre fois son niveau en début de saison.

