Le spectacle a été spécialement créé par Patrice Chéreau pour être joué dans une des salles du Louvre.
La femme égarée entre dans une grande salle peinte en grenat où ont été installés des gradins pour loger les spectateurs.
Des toiles ont été retirées mais restent les légendes qui accompagnent les tableaux. Elles tiennent lieu de pierres tombales.
La vieille femme s'éloigne dans l'une des galeries transversales qui donnent son ampleur à la pièce, jouée sous des plafonds opulents. Du fond de la scène, qui s'ouvre sur des salles en perspective, arrive un homme en long manteau, valise et parapluie à la main. Il se couche sur le sol. Une femme plus jeune le rejoint, se couche contre lui.
"Ils se sont désirés il y a longtemps", selon le metteur en scène, et se retrouvent.
L'acteur Pascal Greggory, qui a joué souvent pour Patrice Chéreau, et Valeria Bruni Tedeschi incarnent ces deux êtres qui se cherchent, se croisent, se frôlent, se désirent "éperdument", dans un intense ballet charnel, parfois violent et cru.
"Être seuls et ensemble, ensemble et donc seuls", c'est ce que rend sensible la pièce, brillamment interprétée, qui raconte l'étrangeté d'être, "l'amour, la mort, la vie".
Il y a aussi le père (Bernard Verley), qui ne cesse de vouloir tranquilliser la mère, une Bulle Ogier apeurée, l'une de ces "mères, intarissables et inquiètes, qui survivent à tout", dit Patrice Chéreau.
L'ancienne femme, et aussi l'enfant devenu adulte, sont des ombres silencieuses qui se profilent et hantent la pièce, tandis que la violence monte dans l'acreté des relations familiales. L'intensité dramatique tient les spectateurs en haleine jusqu'au bouquet final des applaudissements et bravos qui fusent vers les acteurs.
Cette production du Théâtre de la Ville y sera donnée du 4 décembre au 25 janvier, dans le cadre du Festival d'automne à Paris, dans les décors de Richard Peduzzi, qui réinventeront la salle Denon du Louvre. Le spectacle sera ensuite joué au Centre dramatique national d'Orléans (23 au 25 novembre), avant de partir en tournée en France et à l'étranger.
Deux autres pièces sont présentées dans le cadre de cette initiative au Louvre : "La nuit juste avant les forêts" de Bernard-Marie Koltès, mise en scène par Patrice Chéreau et Thierry Thieû Niang, et "Coma" de Pierre Guyotat, texte incarné par Patrice Chéreau sous la direction de Thierry Thieû Niang.


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