Façade de la boutique Ladurée, rue Foch, à Beyrouth.
Ladurée à Beyrouth, pourquoi maintenant ?
J'étais déjà venu à Beyrouth une première fois en 1995 avec notre partenaire Béchara Nammour (Ladurée gère aussi la boulangerie Paul). À ma sortie de l'aéroport, il m'a emmené faire un tour en jeep dans le projet Solidere. Tout était encore en chantier. Les immeubles étaient creux et les façades éclairées de l'intérieur. Il y avait quelque chose de fantomatique et de fascinant dans ce décor incroyable. Je suis très ému aujourd'hui de voir que tout cela a pris vie. Beyrouth est une des villes les plus attachantes au monde. Pour une enseigne comme la nôtre, c'est la ville idéale. Les gens y sont sensibles à la gastronomie et à la culture françaises, et ce sont de vrais gourmets.
Quelle est l'origine du macaron ? Parce que le macaron est l'emblème de la maison Ladurée.
Il a été créé au milieu du XIXe siècle par Pierre Desfontaines, petit cousin du fondateur Louis Ernest Ladurée, qui a eu l'idée d'accoler deux macarons au moyen d'une ganache. Le succès a été immédiat. Mais nous sommes une maison très traditionnelle, bien installée dans la durée, comme son nom l'indique. Quand j'en ai repris la direction en 1993, le macaron était encore un épiphénomène décliné uniquement en quatre parfums de base : vanille, chocolat, café, amande. Quand j'ai demandé au chef d'ajouter un peu de couleur, du citron, de la pistache, il s'est un peu affolé. Aujourd'hui nous produisons deux ou trois parfums par saison et nous créons des macarons pour les créateurs de mode. D'ailleurs, nous créons avec les mêmes principes que les parfumeurs. Nous étudions les saveurs avec soin, nous favorisons les goûts qui se décomposent. La notion de « seconde bouche » est primordiale chez Ladurée. Il faut que chaque macaron soit un instant de plaisir, une véritable expérience.
Quel parfum avez-vous choisi pour cette nouvelle enseigne ?
Selon la tradition de Ladurée, nous créons un nouveau macaron pour chaque ville où nous nous installons. Nous avons beaucoup réfléchi avant de définir le parfum emblématique de Beyrouth. Tous les parfums méditerranéens, pistache, eau de rose, loukoum, etc., étaient déjà pris. Nous avons fini par nous décider pour le café cardamome qui est caractéristique de l'odeur de la convivialité au Liban. Ça sent comme à l'intérieur des maisons libanaises ! Nous avons beaucoup travaillé sur l'équilibre entre café et cardamome, veillé à ce que l'un ne domine pas l'autre.
À quand un salon de thé à Beyrouth ?
Cette boutique que nous venons d'installer est un test. C'est la raison pour laquelle on n'y trouvera encore que la trilogie macarons-glaces-chocolats. Nous attendrons que le marché soit prêt à accueillir un salon de thé pour nous lancer dans cette aventure. Tout ce que je peux dire, c'est que nous sommes vraiment heureux d'être ici et que nous saisirons toute occasion de nous développer au Liban.

