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Culture - Concert

Charbel Rouhana en territoire jazz

C'est un Charbel Rouhana au mieux de sa forme qui a ouvert la troisième édition du Festival de jazz de Beyrouth organisé par Solidere dans les nouveaux souks. Accompagné d'un « Big Band », le maître du oud s'est lancé dans des improvisations nouvelles, bleutées, sur ses compositions anciennes ainsi que sur de fameux airs du folklore libanais.

Charbel Rouhana interprétant sa propre musique. (Marwan Assaf)

Dans l'air doux de ce début d'automne beyrouthin, il a entraîné son auditoire hors d'un quotidien pour le moins chaotique, pour le ramener vers un passé serein, joyeux, harmonieux. Et, néanmoins, réactualisé.
En enrobant ses compositions pour oud et certains des plus fameux airs du terroir libanais de notes bleues, tantôt doucement enveloppantes, d'autres fois puissamment enlevées, Charbel Rouhana est entré en territoire jazz, avec cette simple dextérité qui le caractérise. Sans prétention. «Le jazz est un terme très large qui peut accueillir une musique comme la mienne ou comme celle de Bént el-Chalabiya», lance-il en tout début de concert, comme pour se justifier de faire l'ouverture d'un festival placé sous ce label.
Et, effectivement, le virtuose du oud a démontré, au cours de cette soirée, que les mélodies orientales et les rythmes folkloriques libanais pouvaient se prêter à des interprétations nouvelles, s'habiller d'improvisations jazzy, en toute souplesse. Sans perdre leur âme.
Accompagné de 14 musiciens et - en fin de concert - de 10 choristes, Charbel Rouhana a marié les instruments du takht oriental à ceux des orchestres occidentaux, pour faire fusionner le tempo enlevé de la darbouka aux lamentos du violon, mêler joyeusement daff, batterie, flûte, qanun et saxo, faire dialoguer ce dernier avec les percussions orientales, sans pour autant ôter sa prééminence au oud, roi de cette assemblée.
Un oud que ce musicien (compositeur et inventeur d'une nouvelle méthode pour cet instrument à cordes) maîtrise au point de l'accorder de manière impromptue avec n'importe quel autre instrument de son band. Lequel, composé, entre autres, de vieux complices (à l'instar de Tom Horning au saxo, Iman Homsi au qanun, Abboud el-Saadi à la basse et Fouad Afra aux percussions), a également démontré qu'il était rompu aux improvisations jazziques.
Clous de la soirée: outre les «Philémoniates», un medley des compositions de Philémon Wehbé et le fameux Zourouni koul sana marra de Feyrouz - revisités façon Charbel Rouhana -, une magistrale improvisation autour de Bént el-Chalabiya, avec daff, saxo et batterie emmêlés, qui a emporté le public dans un tourbillon d'envoûtantes notes orientalo-bleutées.
Et puis, après un concert au trois quarts purement instrumental, voilà Charbel Rouhana qui donne de la voix, soutenu par une dizaine de choristes féminins et masculins, pour dénoncer en chansons, avec une tendre ironie, les dysfonctionnements de notre (ex) beau Liban. Concerné par l'état du pays, son «histoire de chaque jour entre optimisme et pessimisme, appréhensions et jazz festival», lance-t-il finement, le musicien a composé Libanphilie, un hymne saccadé et amoureusement critique, adressé à ce pays du Cèdre, en pleine déforestation, entre autres malheurs... Et, en barde moderne, il lance l'alerte sur la perte d'identité de la génération nouvelle. Clôturant ainsi, sur les notes légères et entraînantes de «Hi, kifak, ça va» et avec une autodérision spontanément partagée par un public enthousiaste, un concert de près de deux heures. Durant lequel Charbel Rouhana aura prouvé qu'un certain jazz, subtilement dosé, est parfaitement dans ses cordes!
Dans l'air doux de ce début d'automne beyrouthin, il a entraîné son auditoire hors d'un quotidien pour le moins chaotique, pour le ramener vers un passé serein, joyeux, harmonieux. Et, néanmoins, réactualisé. En enrobant ses compositions pour oud et certains des plus fameux airs du terroir libanais de notes bleues, tantôt doucement enveloppantes, d'autres fois puissamment enlevées, Charbel Rouhana est entré en territoire jazz, avec cette simple dextérité qui le caractérise. Sans prétention. «Le jazz est un terme très large qui peut accueillir une musique comme la mienne ou comme celle de Bént el-Chalabiya», lance-il en tout début de concert, comme pour se justifier de faire l'ouverture d'un festival...
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