Un duo à fleurets mouchetés (Marwan Assaf)
Une pièce visible à tous les égards, mais quelques conseils à retenir cependant : faire une sieste avant de s'y rendre ou se doper à la caféïne. Mieux encore: la sieste et le café, un doublé efficace pour tenir jusqu'à la fin. Puis, affûter ses oreilles et s'attendre à ne pas trop comprendre l'accent et la locution trop rapide de l'acteur...
Flash-back. C'était en mars 2006. Merlin Holland, qui n'est autre que le petit-fils d'Oscar Wilde, était venu à Beyrouth, pour donner une conférence à l'AUB. Sujet de l'intervention: son illustre ancêtre, dont il essayait de réhabiliter un peu la mémoire. La petite histoire voudrait que Holland, ravi et séduit par le Liban, ait conseillé au tandem Marley/Allenbury de faire une escale à Beyrouth. Pour défendre la même cause: celle de cet homme porté aux nues, puis honni par la même société. La pièce démarre sur un postulat: «La vie d'Oscar Wilde est plus dramatique que ce qu'il aurait jamais pu écrire.» Le dandy ne disait-il pas : «J'ai pensé que la vie allait être une brillante comédie. Elle s'est avérée une tragédie révoltante et repoussante. »
Deux heures durant (oui, c'est long et fastidieux parfois), Patrick Marley passe en revue les grandes lignes de la vie d'Oscar Fingal O'Fahertie Wills Wilde, né à Dublin le 15/10/1854, mort à Paris le 30/11/1900.
Défilent alors sur les planches une panoplie de personnages campés par Marley himself et Geneviève Allenbury. Il y a là Oscar Wilde, bien sûr, mais aussi sa mère, sa femme, ses amis et ses ennemis. Tirés de ses correspondances, chroniques, écrits et pièces de théâtre.
Habillé comme une fille
Premiers détails biographiques: son père, sir William Robert Wills Wilde, un chirurgien irlandais. Sa mère, Jane Francisca Elgee, poétesse anglaise, véritable volcan en éruption. Qui rêvait d'avoir, semble-t-il, une fille à la place d'Oscar et ce serait pour cette raison qu'elle s'amusait à l'habiller comme une fille d'Ève...
L'on apprend également qu'à l'école, Oscar était amoureux d'une jeune fille, Florence Balcombe, future épouse de Bram Stocker (père de Dracula). Et que la première chose qu'il a oubliée en arrivant à Oxford c'était... son accent irlandais. Mais lorsque sa pièce Salomé a été interdite, il a accusé les Anglais d'avoir un esprit obtus en disant: «Je ne suis pas anglais, je suis irlandais, ce qui est une chose totalement différente.»
Patrick Marley raconte alors comment, après de brillantes études littéraires (il se distinguait par sa longue chevelure blonde, ses vêtements élégants et l'œillet vert qui ornait toujours sa veste), Wilde fréquente la haute société londonienne. « Il est devenu célèbre à cause de ses vêtements extravagants, de son cynisme et du contenu de ses pièces de théâtre, souvent interdites de présentation», lance, d'une traite, l'acteur british.
Puis l'on voyage avec lui en Amérique où il a présenté sa théorie de philosophie esthétique, «un courant artistique qui place la beauté comme première qualité humaine». « Je n'ai rien d'autre à déclarer que mon génie», aurait alors lancé Wilde aux douaniers US. Puis Marley passe en revue les comédies cyniques qui ont remporté un succès considérable. Et explique dans quel état d'esprit Wilde a rédigé son œuvre maîtresse, Le portrait de Dorian Gray, publiée en 1891 et qui illustre le sommet de sa gloire.
Puis il s'attarde évidemment sur «le scandale de sa vie»: « bien que marié depuis 1884 et père de deux enfants, le poète a été en effet jugé pour son homosexualité affichée en 1892 ». Il avait alors été envoyé en prison pour deux années, perdant ainsi sa réputation et l'amour du public... Mais selon Marley, la première relation homosexuelle de Wilde aurait eu lieu en 1886/87 lorsqu'il a rencontré Robert Ross, devenu par la suite son meilleur ami.
Puis l'acteur ressuscite l'atmosphère de la très répressive prison de Rading. Oscar a écrit De Profundis, une longue lettre à Alfred Douglas, son amant. La sortie de prison, l'exil en France et la publication du poème La ballade de la geôle de Reading. Et, enfin, sa mort dans la solitude et la misère à Paris.
Oscar Wilde est enterré au Père La Chaise à Paris et, dernière anecdote, « sa tombe est célèbre parce qu'elle est pleine des empreintes des baisers de toutes ses admiratrices».
Toute une pièce sur la vie d'Oscar Wilde, ou comme le disait l'écrivain lui même: «L'art imite la vie.»

