La présidente de ce pays d'Asie centrale miné par les divisions et les violences, Rosa Otounbaïeva, a estimé que l'ex-république soviétique avait connu des élections libres pour la première fois depuis son indépendance de l'URSS.
"Nous n'avions pas connu de telles élections au cours des vingt dernières années. Aujourd'hui, tous les Kirghiz ont pu voter libres de toute pression, de tout diktat, de toute manipulation pour le parti qu'ils considèrent être le plus fort, le plus juste, le plus à même de défendre leurs intérêts", a-t-elle déclaré dans un discours à la nation.
"Les autorités, les partis et le peuple ont tout fait pour que la planète entière dise que des élections démocratiques sont possibles au Kirghizstan", a ajouté Mme Otounbaïeva.
Ata-Jourt a obtenu les votes de 8,64% des inscrits sur les listes électorales, devançant le parti social-démocrate du Kirghizstan (SDPK), un mouvement pro-gouvernemental (8,05%). Le parti d'opposition Ar-Namys de l'ex-Premier ministre Felix Koulov, qui se targue du soutien de Moscou, arrive en troisième position (7,22%).
Respubklika, un nouveau venu sur la scène politique dirigé par un homme d'affaires, Omourbek Babanov, obtient 7,04%. La surprise vient du mauvais score (5,88%) du parti pro-gouvernemental Ata-Meken dirigé par un poids lourd de la vie politique kirghize, Omourbek Tekebaïev.
Les 24 autres partis en lice n'ont pas réuni le minimum de voix nécessaire (5% des inscrits) pour siéger dans ce Parlement composé de 120 députés. La Commission électorale n'a pas encore publié de projections en terme de sièges, alors que les pourcentages annoncés se rapportent aux électeurs inscrits et non aux votants.
Il est cependant clair qu'aucun parti ne pourra former seul un gouvernement. Une coalition devra être formée dans ce pays en proie aux divisions et qui a connu un printemps sanglant avec une révolution en avril qui renversa le président Kourmanbek Bakiev (87 morts), suivie en juin de violences ethniques qui ont fait des centaines de victimes dans le Sud, en majorité au sein de la minorité ouzbèke.
Le bon score des nationalistes d'Ata-Jourt, parmi lesquels il y a de nombreux responsables du régime du président déchu, risque de raviver les tensions. Car ce parti est poursuivi pour incitation à la haine raciale, rejetant les aspirations politiques des minorités du pays, en particulier des Ouzbeks.
Un Parlement morcelé risque de prolonger l'instabilité, relèvent des médias locaux qui s'attendent à des tractations difficiles pour former une majorité viable.
D'autant que la Constitution adoptée en juin par référendum instaure pour la première fois en Asie centrale un régime parlementaire.
"La lutte politique ne fait que commencer et elle sera tendue et rude. Les méthodes de lutte, c'est déjà clair, vont être sales et, c'est possible, riches en provocations", écrit le journal en ligne Parous.
"Il est bien trop tôt pour parler de stabilité politique au Kirghizstan (...) La répartition des forces est telle que la menace d'une désagrégation du Parlement est réelle", poursuit-il.
Accusés de népotisme et d'autoritarisme, les deux présidents du Kirghizstan indépendant ont été renversé par des révolutions, Askar Akaïev en mars 2005 et M. Bakiev cinq ans plus tard.
Ce pays est par ailleurs le seul au monde à accueillir une base militaire russe et une autre américaine. L'essentiel des militaires étrangers engagés en Afghanistan transitent par cette dernière.


À Verdun, un « sommet spirituel » pour préserver l’unité nationale... et donner un coup de pouce au pouvoir