Selon les dernières mesures effectuées par les Services des eaux, le taux alcalin au confluent de la rivière Raab avec le Danube avait augmenté vers 10h00 GMT, à 9,4 contre environ 9 plus tôt dans la matinée. La normale est à 8.
Les experts estiment toutefois que s'il reste sous 10, la catastrophe écologique épargnerait le Danube, deuxième plus grand fleuve d'Europe après la Volga. Le flux toxique est passé de la Raab dans le Danube peu après 06h30 GMT, à Györ.
Pour la rivière Marcal, située à proximité des lieux de l'accident, le sort en est jeté. "L'écosystème complet de la rivière Marcal a été détruit, car le taux alcalin très élevé a tout tué", a déclaré le chef régional des services anticatastrophes Tibor Dobson à l'agence de presse nationale MTI.
"La Marcal a reçu sa +peine de mort+ quand la boue rouge y a déferlé par le ruisseau Torna", a-t-il ajouté.
Après un tel désastre, la vie ne pourra renaître qu'après trois ou cinq ans dans la rivière, a estimé Gabor Figeczky, directeur de l'organisation de protection de la nature WWF à Budapest, pour qui l'ampleur de la catastrophe écologique reste encore difficile à cerner.
"Nous avons cru que le volume d'eau de la Raab allait diluer la pollution, mais malheureusement cela n'a pas été le cas", a-t-il expliqué dans un entretien à l'AFP. "Nous espérons quand même que la branche principale du Danube va s'en tirer sans trop de dégâts", grâce à son volume d'eau nettement plus important, a-t-il ajouté. Il faudra attendre le résultat des analyses dans la soirée ou au plus tard vendredi, a-t-il dit.
Lundi, un réservoir d'une usine de bauxite-aluminium de la ville d'Ajka (160 kilomètres à l'ouest de Budapest) a rompu, déversant plus de 1 million de mètres cubes de boue rouge toxique sur sept villages environnant.
L'accident, dont les causes restent à élucider, a fait quatre morts, dont une petite fille de 14 mois, et plus de 150 blessés selon un nouveau bilan officiel. Trois personnes sont toujours portées disparues.
Tout au long de son parcours à travers plusieurs rivières, les boues rouges se sont peu à peu diluées dans l'eau et ne sont plus visibles à l'oeil nu. Et cela en partie à la suite du versement dans les rivières d'agents neutralisants, notamment des tonnes de plâtre par les pompiers et des ouvriers.
Les travaux de neutralisation de la pollution se poursuivaient jeudi. En plus du plâtre, des acides sont également utilisés pour réduire le niveau de toxicité de l'eau.
Le Premier ministre, Viktor Orban, s'est rendu jeudi matin dans le village de Kolontar, dont étaient originaires les quatre personnes décédées. Le pays n'a pas besoin d'argent de l'étranger pour combattre les effets de la catastrophe écologique, mais toute expertise est la bienvenue, a-t-il déclaré.
La reconstruction des parties les plus dévastées du village de Kolontar est très problématique, a-t-il par ailleurs estimé.
"Malheureusement, j'ai l'impression que tout effort de reconstruction ici, au-delà du pont, est inutile", a-t-il déclaré. "Il faudra probablement ouvrir un nouveau territoire pour les habitants du village et raser cette partie du village à tout jamais, car il est impossible de vivre ici", a-t-il ajouté.

