Les jeunes créateurs ont ouvert mardi 28 septembre la Semaine de la mode à Paris.
Pour leur deuxième ligne D&G, Domenico Dolce et Stefano Gabbana ont composé une garde-robe bucolique, idéale pour un déjeuner sur l'herbe rappelant la joyeuse période hippie.
Dans un tout autre registre, Miuccia Prada réinterprète un minimalisme en version ludique. Partant des vêtements basiques du monde du travail (blouse d'infirmier, tablier, etc.), elle invente, selon sa propre définition, « une simplicité exagérée, quasi baroque ».
Chez Fendi, Karl Lagarfeld se concentre lui aussi sur le concept de simplicité avec une collection composée de pièces essentielles aux couleurs fortes (bleu roi, rouge, vert électrique, pourpre, corail). Les coupes sont franches. Les formes amples et géométriques avec de longues jupes évasées, de larges tuniques resserrées par une ceinture à la taille et des manches qui se gonflent en losanges façon kimono.
Bottega Veneta propose une collection idéale pour affronter les grandes chaleurs avec des vêtements aériens et frais, aux matières légères qui glissent sur la peau. Puisant dans le registre sportif, Tomas Maier a construit une garde-robe centrée sur « le concept de facilité », avec des pièces à la fois décontractées et sophistiquées confinées dans une palette neutre (blanc, noir, beiges, gris).
Ambiance sexy savane chez Blumarine. Déclinées dans toutes les couleurs bonbons, les robes et les pantalons à amples pattes d'éléphant en jersey de soie et chiffon fluides sont toutes tachetées façon léopard.
Dans leur dressing-room, les jeunes filles de Dsquared2 dévalisent allègrement les armoires des parents pour s'habiller tout confort et en toute simplicité. Avec une prédilection pour les pièces de base du vestiaire masculin.
Pulls à col en V, longs cardigans à maille fine, chemises blanches, vestes masculines, pantalons en toile ou en flanelle à pinces et chaussures plates à lacets sont les éléments-clés de ce look androgyne à la Diane Keaton dans le film Annie Hall de Woody Allen.
Roberto Cavalli joue sur un tout autre registre renouant avec son ADN très rock et seventies. Pour les 40 ans de sa maison, le couturier toscan a offert un défilé électrique sous un immense chapiteau transparent dressé Piazza Sempione avec en guise d'entrée rien moins que l'Arco della Pace, le monumental arc de triomphe milanais.
Le styliste a concocté une collection au style sauvage pour créatures mi gorgones, mi walkyries, frangées de la tête aux pieds. Une forte présence du cuir, tressé ou travaillé en patchwork, accentue ce côté quasi tribal. Tout comme les imprimés « reptiliens » (python, crocodile) repris dans les robes en chiffon ou les paillettes métalliques incrustées sur des robes en tulle, le tout dans une palette de couleurs déteintes (violet, bleu gris, anthracite, gris-vert).
À Paris...
La Semaine de la mode parisienne, qui a succédé à Milan dès le mardi 28 septembre, a les yeux rivés sur le quatuor gagnant, ces dernières saisons, de marques redynamisées par de talentueux stylistes : Céline, Balmain, Balenciaga, Givenchy. Et les fêtes s'annonçaient nombreuses et fastueuses. Reflet de fin de crise ?
Le rythme est soutenu avec 91 défilés sur neuf jours dans le calendrier officiel. Sans compter les défilés prévus hors calendrier et les présentations en showroom, façon moins onéreuse pour les créateurs de montrer leurs vêtements aux acheteurs et journalistes venus du monde entier.
Le carrousel du Louvre, centre névralgique traditionnel des défilés, a été déserté à partir de cette saison, en faveur d'une tente aménagée au pied du Grand-Palais.
Quatre salles sous la pyramide du Louvre étaient mobilisées pendant les défilés parisiens il y a une vingtaine d'années, permettant jusqu'à huit spectacles par jour. Mais la mode aimant le changement et l'offre de salles disponibles à Paris s'étant largement développée ces dernières années, notamment pour les mises en scène somptueuses, il a été progressivement délaissé par les marques.
La Fédération de la couture, responsable de l'organisation des défilés, a ainsi décidé de monter une tente sur le quai Rive Droite du pont Alexandre III. À l'avenir, de nouvelles salles devraient aussi se libérer dans le Grand-Palais voisin et davantage de spectacles pourraient investir la friche du palais de Tokyo.
Des joueurs de cornemuse sur le parvis de la gare de l'Est puis une cour du Marais où des pommeaux de douche attachés aux rebords des fenêtres simulent la pluie : les jeunes créateurs ont ouvert mardi 28 septembre la Semaine de la mode à Paris.
Mercredi 29 septembre, la fashion week parisienne était marquée par le défilé-fleuve de Pierre Cardin, 88 ans, et la modernité du Belge Dries Van Noten qui joue sur les codes du masculin-féminin.
Les 90 tenues de la collection Pierre Cardin ont défilé pendant une bonne demi-heure quand un défilé standard s'évapore en moins de dix minutes. Et faisant fi du printemps-été féminin imposé, il a proposé une garde-robe, homme et femme, pouvant s'adapter à toutes les saisons.
Tous les codes Cardin s'affichent, balayant ses 60 ans de création, des tenues graphiques évoquant des personnages de science-fiction aux manettes de leurs soucoupes volantes, à des robes de soirée aux couleurs vives en passant par des tenues plus « mémères » dans des tons pastels ou boiseries.
Le premier couple arrive en combinaison rose de spationaute. Des tubes en caoutchouc sont tissés dans les ceintures, pendentifs et différents accessoires. De nombreuses tenues scintillent en simili-vinyle, argenté ou paillettes.
À l'heure des cocktails, Cardin propose des minirobes bustier très années 1980, jupes à volants orange et haut noir, ou en velours lisse.
Arrive la séquence sacs : des mannequins en pull et pantalon noirs identiques, comme l'élégant Gene Kelly dans un numéro de danse, s'avancent tour à tour pour mettre en scène des sacs volumineux et colorés.
Suivent des ensembles en matière de combinaison de plongée, des cirés éclatants aux boutons asymétriques, des robes aux volumineuses manches, comme une raie qui se déploie. Les bérets et autres chapeaux en feutre d'élégantes années 1920 affirment l'identité de ces Parisiennes.
Apparaissent des princesses de contes de fées, bustier sur jupe tendue en rectangle, et enfin une multitude de robes de mariée.
Dries Van Noten,
entre jean et soie
Un blazer « boy-friend » surdimensionné porté sur une tunique blanche : le défilé du Belge Dries Van Noten joue sur le contraste masculin-féminin, entre le robuste et le léger, le jean et la soie, le quotidien et les paillettes.
« J'ai mélangé les années 1940 pour l'élégance, les années 1970 pour le côté décalé et les années 1990 pour l'androgynie », explique-t-il en coulisses. « J'ai choisi de gros volumes et alterné cotons résistants et transparences délicates », ajoute-t-il, au sujet de cette collection où le dénim délavé côtoie des imprimés de soie aux motifs fleuris empruntés à « la porcelaine chinoise ».
« Je vis dans mon époque, je lis les journaux, j'ai les pieds bien sur terre », explique le couturier grisonnant, qui s'inspire notamment de la rue en mélangeant « des jeans baggy énormes avec des pièces plus féminines ».
Un pantalon en jean est bleu à la ceinture puis blanc, tout comme cette veste blanche dont seul le bout des manches est bleu clair. Des trenchs ou des robes se déclinent en rose, de plus en plus violet vers le bas, ou du beige au jaune, comme un arc-en-ciel délavé au soleil. Des jupes sont taillées dans des chemises blanches d'homme dont les manches seraient nouées autour de la taille.
Le prêt-à-porter du printemps-été 2011 s'achèvera le 7 octobre à Paris. Il aura notamment été marqué par le premier défilé de Sarah Burton pour la marque Alexander McQueen après le suicide du couturier en février. Cette semaine festive consacrera aussi les débuts du Britannique Giles Deacon pour la marque Ungaro. Enfin, Jean Paul Gaultier y fait ses adieux à Hermès avant de céder la place au nouveau directeur artistique de la maison, Christophe Lemaire.

