De gauche à droite : l’acteur Manuel Tallafe, l’actrice Carolina Bang, le réalisateur Alex de la Iglesia, les acteurs Sacha di Benedetto et Fernando Guillen Cuervo ; l’équipe au grand complet du film « Balada triste de tormpeta ». Vincenzo Pinto/AFP
Seul film espagnol en lice pour le Lion d'or, La Ballade triste - et déjantée - d'Alex de la Iglesia confronte deux clowns défigurés et pathétiques (Carlos Areces et Antonio de la Torre) en lutte à mort pour les beaux yeux d'une acrobate (Carolina Bang), dans un pays marqué au fer par la dictature du général Franco. Aux premières images, en 1937, le père du clown triste est enrôlé de force - sur fond de bombardement - pour commettre un massacre à la machette contre la garde civile. À la fin du film, en 1973, son fils (Carlos Areces), à qui il a enseigné que seule la vengeance vaut la peine d'être vécue, mord comme un chien la main de Franco. « C'est l'histoire d'un amour fou, sauvage, entre humour et horreur. Parce que nous souffrons d'un passé terriblement douloureux qui conditionne encore notre présent », a expliqué hier le réalisateur. « La torture, la douleur, le chagrin sont toujours présents dans nos cœurs et ces situations ont ruiné la vie des personnages : l'anxiété et la quête de vengeance finissent par démolir l'objet aimé. » Le titre est d'ailleurs emprunté à une chanson populaire : « Pour un passé mort et qui pleure, comme moi... »
À 45 ans, après Le Crime parfait, Mes Chers voisins ou Mort de rire, Alex de la Iglesia voit ce film comme « un exorcisme à sa détresse par l'humour, l'ironie et la comédie noire ». « C'est probablement mon film le plus personnel, celui pour lequel j'ai le plus souffert », confie-t-il. Où l'on voit un homme-canon retenter « ad nauseam » de gagner la lune en moto et la voiture de l'amiral Luis Carrero Blanco, l'un des derniers Premiers ministres de Franco, sauter dans un attentat jusqu'au toit d'un immeuble ; dans la réalité, en 1973, elle s'était arrêtée au balcon d'un deuxième étage.
Outre cette grinçante farce ibère, la Mostra a pu revisiter hier avec Noi Credevamo (« Nous croyons ») le « Risorgimento » italien, littéralement la « Renaissance » (ou la résurrection), qui désigne au XIXe siècle les efforts des patriotes italiens pour unifier les royaumes et les duchés de la péninsule afin de fonder l'Italie moderne. Cette immense fresque en quatre épisodes, jouée en grande partie en dialectes et déclinée à travers les vies de trois jeunes gens, ambitionne de « révéler les sacrifices, les peurs, mais aussi les rivalités des hommes qui firent l'histoire ». « Le noyau dur de cette histoire, souligne le réalisateur Mario Martone, c'est l'espoir, le rêve et l'utopie des jeunes gens qui voulaient construire l'Italie. » Pendant sept ans, avec son coscénariste Giancarlo de Cataldo, il a épluché l'abondant courrier que les protagonistes s'échangeaient alors. Mais, ajoute-t-il, « l'héroïsme de ces jeunes s'est répété à plusieurs reprises dans ce pays, comme sous le fascisme avec les antifascistes. Et jusqu'à aujourd'hui ».
Aujourd'hui, la Mostra accueille le dernier film français en compétition, nouveau retour sur un passé douloureux avec La Vénus noire d'Abdellatif Kechiche (réalisateur de L'Esquive et de La Graine et le Mulet) et attend, hors concours, l'acteur américain Ben Affleck dans The Town.


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