Mitri : « Lancer des accusations à gauche et à droite. »
Deux des principaux concernés par l'explosion du général Aoun, les ministres de l'Information, Tarek Mitri, et de la Justice, Ibrahim Najjar, ont rejeté les accusations portées contre eux. M. Mitri a déploré « l'emportement qui a poussé le général Aoun à provoquer, par le biais d'attaques et d'ironie, une bataille contre le président et le gouvernement à un moment où l'on a besoin de discours calmes et de dialogue raisonnable ». Il lui a reproché de « lancer des jugements à droite et à gauche comme si le seul fait de les dire les rendait réels ». M. Mitri a rejeté les accusations selon lesquelles c'est lui qui fait circuler des rumeurs, estimant que « même le général ne les croit pas surtout qu'il sait très bien qui les diffuse à des fins de mobilisation politique ».
M. Najjar a pour sa part désigné comme étant « purement conflictuel » le discours de Michel Aoun, qui avait également accusé son département d'être à l'origine d'insdicrétions judiciaires. « En sa qualité d'ancien commandant en chef de l'armée, il sait très bien que le ministère de la Justice n'a rien à voir avec ce genre d'indiscrétions si elles se confirment », a indiqué le ministre, en allusion à des rumeurs au sujet du cadre CPL, Fayez Karam, soupçonné d'espionnage pour le compte d'Israël. Il a qualifié d'inadmissibles les attaques du député contre le chef de l'État. Abondant dans le même sens, le ministre d'État, Adnane Kassar, a jugé nécessaire « d'accorder la priorité à l'intérêt du pays et des Libanais et d'en finir avec le langage de la haine ». « Le peuple en a assez », a-t-il martelé, après avoir rendu un vibrant hommage au président Sleiman. Déplorant la campagne menée contre lui, il a estimé que « les propos tenus à son encontre ne sont pas seulement à l'antipode de la vérité, mais nuisent au rôle qu'il assume pour édifier un État de droit à l'ombre de tiraillements politiques qui ont failli porter un coup à la sécurité de la population ». M. Kassar a mis en garde contre les « campagnes menées contre le chef de l'État dans la mesure où elles risquent d'approfondir les clivages politiques ».
Son collègue Adnane Sayyed Hassan a jugé primordial un retour au calme politique partant du principe que « chaque responsable qui exalte les foules ne devrait pas à la base se trouver à un poste de responsabilité ». « Un homme nommé ou élu à un poste de responsabilité doit pouvoir veiller à la sécurité des citoyens parce que toute atteinte à celle-ci entraîne des dommages humains et matériels », a-t-il dit.
Un processus putschiste
Dans les rangs parlementaires, le député Riad Rahhal s'est littéralement déchaîné contre le général Aoun, affirmant que « les réformes qu'il prône s'inscrivent dans le cadre d'un processus putschiste qui trouve son origine dans sa volonté d'usurper le pouvoir ». « La démocratie et les procédés légaux sont en contradiction avec les concepts de ceux qui nous épatent au quotidien avec leurs apparitions télévisées policières au nom de la préservation de l'État et de la rue chrétienne et de la lutte contre la corruption », a-t-il déclaré, avant d'estimer que « le projet politique » du général Aoun « est condamné à l'échec ou au suicide ». Commentant la phrase selon laquelle le président « ne fait rien à part pleurnicher », M. Rahal a indiqué que « ce sont les personnes en manque de popularité qui pleurnichent ». « Il y a de toute façon une énorme différence entre le fait de pleurer pour le pays et pleurer pour un siège perdu », a-t-il ironisé.
Abondant dans le même sens, le député Dory Chamoun a estimé que si « le général Aoun attaque le président, c'est parce qu'il lorgne depuis toujours la première magistrature de l'État ». « Il n'a pas réussi à sortir de ce complexe », a-t-il ajouté, accusant le chef du CPL d'avoir fait « montre d'une extrême légèreté et de beaucoup d'irrespect lorsqu'il avait tenu ces propos. Il ne se rend pas compte à quel point la situation est grave au Liban ».
Dans le même ordre d'idées, l'ancien vice-président du Conseil, Issam Abou Jamra, a fait remarquer que « les attaques contre le président ne permettront pas à Aoun de récupérer la popularité qu'il a perdue et celle qu'il va encore perdre à cause de ses positions politiques et parce qu'il a renoncé à ses principes ». Il s'est interrogé sur le point de savoir pourquoi le chef du CPL ne participe toujours pas aux réunions parlementaires, « maintenant que les problèmes de sécurité ne se posent plus, pour prendre part à l'activité législative, rectifier les lois qui devraient l'être, demander des comptes au gouvernement et exercer sa mission de contrôle au lieu de pratiquer la diffamation à partir de Rabieh ».
Alors que le député Hani Kobeyssi préconisait un règlement de tous les sujets conflictuels en Conseil des ministres, son collègue Mohammad Kabbara situait les menaces de provoquer la chute du gouvernement dans le cadre « d'un chantage politique dont l'objectif est de pouvoir poser certaines conditions en rapport avec le Tribunal spécial sur le Liban ». Il a fait état dans ce cadre d'une distribution des rôles au sein du 8 Mars et invité « ceux qui manipulent les pantins à cesser leur jeu ».

