La réalisatrice du film « Le corps qui s’est trompé », Marilyn Solaya (à gauche), et sa protagoniste, Mavi Susel, lors de la présentation du documentaire. Photo AFP
Signe des temps, le film de 52 minutes doit être présenté à travers le pays et sa sortie a été soulignée à la télévision cubaine qui le diffusera aussi, loin du tollé qu'avait provoqué en 1988 l'annonce de la chirurgie subie par Mavi. La polémique à l'époque avait été telle que les opérations de changement de sexe, effectuées gratuitement, comme tout traitement médical à Cuba, n'ont pu reprendre que vingt ans plus tard grâce à la gestion de la sexologue Mariela Castro, fille du président Raul et nièce de Fidel, qui dirige le Centre national d'éducation sexuelle. Depuis, une dizaine de transsexuels ont pu bénéficier de ce type d'opération décriée par l'Église catholique et certains membres du Parti communiste, de l'aveu même de Mme Castro.
Si les Cubains ont été parmi les premiers au monde à légaliser l'avortement et font preuve d'une grande ouverture en matière de sexualité entre les hommes et les femmes, la question de l'homosexualité et de la transsexualité reste très controversée. Le documentaire veut « donc sensibiliser les gens pour qu'ils comprennent que les transsexuels sont des êtres humains qui ont un cœur et qu'il faut respecter », selon Mme Solaya qui avait commencé sa carrière dans le cinéma en jouant dans le film culte Fraise et chocolat du plus célèbre cinéaste cubain, Tomas Gutierrez Alea (1928-1996). Il s'agissait de la première œuvre cinématographique à aborder de front le thème de l'homosexualité et de ses préjugés sur l'île communiste où, dans les années 1960, homosexuels et autres « déviants » idéologiques étaient parfois envoyés dans des camps de rééducation.
La vie de Mavi n'a ainsi rien d'un conte de fées. Petit garçon, Mavi dit avoir été abusé sexuellement et avoir souffert de mauvais traitements à l'école et du mépris de son père qui voulait le chasser de la maison familiale. Il y a eu aussi plusieurs tentatives de suicide avant de pouvoir réaliser l'opération de changement de sexe et, raconte Malvi, de « pouvoir être ce que je suis ». Après son mariage trois ans plus tard, en 1991, il lui a fallu beaucoup de courage pour avouer son histoire à son époux. « Il m'a répondu : "J'ai rencontré une femme, tu es une femme", et cela a été un soulagement. »
Mais s'il y a désormais des jours de joie, il reste la frustration de ne pas avoir pu s'accomplir tout à fait en raison, selon elle, d'une société « intolérante » et « machiste ». « Je crois que j'aurais pu faire de ma vie autre chose, j'aurais aimé être infirmière », dit cette femme au foyer. « Si les gens pouvaient mieux connaître ce que c'est (la transsexualité), qu'on naît comme ça, ils ne seraient pas aussi insensibles et ils ne diraient pas des absurdités », dit Mavi en espérant que ce film allait aider d'autres transsexuels encore cachés dans le « placard ».


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