Si les bars restent pleins, les tenanciers espéraient mieux cette année...
« Ce n'est pas très grand, mais c'est vraiment très dense et intense », résume James, un Australien, en train de boucler un tour du monde. « La journée, c'est calme et le soir, ça s'anime », explique-t-il. Faire la fête ou simplement bien manger, voilà l'attrait premier de la rue Gouraud, l'artère principale du quartier. Anthony, lui, vient de temps en temps à Gemmayzé, « le plus souvent pour boire une bière quand je dois venir travailler sur Beyrouth ». Le jeune homme, originaire de Kornet Chehwan, est employé comme chauffeur de voitures de luxe. « C'est le coin que je préfère de Beyrouth, surtout depuis quelques années », avoue-t-il.
Changements brutaux
Car depuis 5 ou 6 ans, Gemmayzé a complètement changé de visage. Andreas Boulos, le propriétaire du Torino, un des bars les plus fréquentés, se souvient : « Quand j'ai ouvert il y a 7 ans, il y avait un seul restaurant dans toute la rue et pas un pub. Nous étions les pionniers. Aujourd'hui, vous avez 70 établissements ! Tout est allé très vite, trop vite peut-être. »
Du statut underground, Gemmayzé est passé au rang d'incontournable. Chaque soir, dès 20 heures, les rues grouillent de monde. Les voitures n'avancent qu'au ralenti. Un trop-plein qui déplaît à Judith, une Française qui travaille dans un cabinet d'architecture : « Je préfère le quartier la journée, c'est beaucoup plus tranquille. Le soir, c'est oppressant », confie-t-elle en sirotant un café. Sa collègue Anna, une Libanaise installée depuis 24 ans à Gemmayzé, a vu son lieu de naissance se transformer avec les années. Aujourd'hui elle est en colère : « J'aime que mon quartier bouge mais je suis déçue de la tournure que cela a pris. Il s'est embourgeoisé depuis que tout le monde veut habiter ici. Les prix de l'immobilier explosent et l'on construit des tours à tout-va. » Mais la jeune architecte espère que cela « n'est qu'un cycle ».
Un été moins bon que l'an dernier
Propriétaire du restaurant Bread, Nemr Abboud, se demande en effet si une page n'est pas en train de se tourner à Gemmayzé. Il explique : « Depuis 2004, mon établissement n'a jamais désempli. Mais cette année est moins bonne que l'an dernier. Nous sommes tous les soirs complets mais durant l'été 2009, nous faisions deux services par soir. Ce n'est plus le cas. » Si le restaurateur n'a pas d'explication, Andreas Boulos, lui, se demande si la crise économique n'est pas pour quelque chose : « Avec la crise, les expatriés libanais ont souffert. Et vu le cours très bas de l'euro, certains Libanais en ont profité pour passer des vacances en Europe. » Signe du moment de flottement que traverse actuellement le secteur, plusieurs affaires ont fait faillite. La faute aux loyers ou à des ambitions trop importantes.
L'attirance grandissante pour le quartier de Hamra n'est pas pour rien non plus dans le léger essoufflement. Le faubourg de l'Ouest voit son nombre de bars et restaurants croître de manière spectaculaire. « C'est possible, répond le tenancier du Bread, mais il y a de la place pour plusieurs Gemmayzé à Beyrouth. » Peut-être, mais il faut avoir en mémoire l'exemple de la rue Monnot, lieu de divertissement numéro un avant de retomber dans l'anonymat. À l'époque, Monnot avait subi la concurrence directe et avait fini par être remplacé par... Gemmayzé.
Autre challenger potentiel, Jounieh. Anna, la jeune architecte, confirme que ce secteur au nord de Beyrouth fait parler de lui : « Gemmayzé n'est plus l'endroit qui monte. Il y a, en ce moment, un effet de mode vers Jounieh. » Mais de là à remplacer Gemmayzé, il y a encore de la marge. Hamra ? Jounieh ? Ailleurs ? Les paris sont ouverts.


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