Umberto Eco, auteur de l’ouvrage « Le nom de la rose ».
La grande prêtresse du polar elle-même, Agatha Christie, a été tentée par les sirènes du passé dans La mort n'est pas une fin (1945), qui se déroule dans l'Égypte antique. Ce sera son seul livre à s'échapper du XXe siècle.
Mais le père du polar historique est incontestablement le diplomate néerlandais Robert Van Gulik (1910-1967).
Après avoir traduit en 1948 un « polar » chinois du XVIIIe siècle, ce sinologue averti a imaginé les aventures du juge Ti, né en 630 sous la dynastie Tang. Le magistrat mènera sous sa plume 24 enquêtes, toutes imaginaires, même si le juge a réellement existé.
Son héros résoudra trois énigmes dans chaque livre, selon la tradition du roman policier chinois. Célèbre de son vivant pour son extraordinaire esprit de déduction, le juge Ti termina sa carrière comme ministre de l'impératrice Wu.
Parmi les petits bijoux de Van Gulik, Le paravent de laque, Le mystère du labyrinthe ou L'énigme du clou chinois.
Et les aventures du juge Ti ont continué. Un romancier français, Frédéric Lenormand, a repris le flambeau dans une quinzaine de nouvelles enquêtes où il entremêle énigmes criminelles et reconstitution précise d'une culture chinoise rayonnante. Ses titres sont évocateurs : Mort d'un maître de Go, Diplomatie en kimono ou encore Thé vert et arsenic (Fayard).
C'est le Japon féodal qui passionne I. J. Parkers, née en Allemagne et spécialiste de l'histoire nippone. Au fil d'une série, elle plonge son héros Sugawara Akitada, gouverneur d'une lointaine province, au cœur de sombres conspirations qui l'obligent à jouer le détective. Ce seront L'énigme du dragon-tempête ou L'énigme de la flèche noire (Belfond).
Après l'Asie, le Moyen Âge et ses monastères inspirent particulièrement les auteurs.
L'Anglaise Ellis Peters a commencé d'écrire en 1977 les aventures de Frère Cadfael, moine bénédictin herboriste de l'abbaye médiévale de Shrewsbury. Ses thrillers historiques se font volontiers moralistes avec par exemple Frère Cadfael fait pénitence.
Chef-d'œuvre du genre, Le nom de la rose (Grasset) de l'Italien Umberto Eco se déroule en 1327 dans une abbaye bénédictine où un homme, Guillaume de Baskerville, combat l'obscurantisme. En sept jours, l'ancien inquisiteur va tenter de découvrir qui assassine les moines les uns après les autres. Prix Médicis étranger en 1982, le roman est porté à l'écran par Jean-Jacques Annaud en 1986, avec Sean Connery.
L'Anglais Iain Pears, docteur en philosophie et historien de l'art, a lui signé des romans policiers et métaphysiques comme Le Songe de Scipion (2002), qui relie trois destins, de l'Empire romain à 1940, en passant par la grande peste du XIVe siècle en Provence.
Didier Lamaison marie, quant à lui, tragédie grecque de Sophocle et polar dans Oedipe roi (Série noire). Assassin de son père et amant de sa mère, Oedipe mène l'enquête qui l'amène à découvrir sa propre culpabilité.
De jeunes auteurs renouvellent aussi le genre, comme Fabrice Bourland qui fait revivre deux enquêteurs dans le Londres des années 30 avec Le fantôme de Baker Street, ou Jonathan Rabb qui immerge le lecteur dans l'univers du cinéma muet à Berlin avec L'homme intérieur.

