De cette violence, le spectre s'est profilé avec les déclarations tonitruantes du Hezbollah, qui a menacé, par la voix de son secrétaire général Hassan Nasrallah, de recourir à un véritable « coup de force » analogue à celui qu'il a lancé le 7 mai 2008 contre certains bastions sunnites et druzes, pour se défendre contre ce qu'il considère comme un « complot ».
Notons au passage l'art consommé du Hezbollah d'inverser les rôles, et de se présenter toujours comme la victime, jamais l'agresseur. Ainsi, quand le Hezbollah attaque, il se défend...
En somme, comme l'a justement affirmé Georges Adwan, député des Forces libanaises, parti qui a tenu à être présent à l'accueil réservé au palais présidentiel de Baabda aux deux hôtes arabes, la double visite a donc pour titre « accalmie » et non « règlement ». Une accalmie qui s'appelle Doha, et dont on cherche à prolonger les effets.
« Une piqûre de rappel » avons-nous titré au sujet de la double visite. Le « rappel » en question, c'est celui du « vaccin contre la violence » administré à Doha, deux ans plus tôt, et auquel on doit l'élection d'un président de la République, la formation d'un « gouvernement d'entente nationale » et une année de stabilité et de relative prospérité.
Grâce aux « lignes rouges » tracées vendredi dernier, le Liban a gagné quelques semaines de calme : toucher à Saad Hariri, ce sera toucher au roi Abdallah, a dit la visite effectuée par le monarque wahhabite au domicile et aux bureaux de Saad Hariri. Porter atteinte au Hezbollah, c'est porter atteinte à la Syrie, a dit l'aparté entre les députés du Hezbollah et le ministre syrien des Affaires étrangères, Walid Moallem. On le savait déjà, mais le dire ainsi renforce l'interdit.
Par ailleurs, dans un geste qui n'est pas sans portée, le chef de l'Etat syrien a eu, au palais présidentiel de Baabda, un aparté avec le président de la Chambre, Nabih Berry, dont l'allégeance à la Syrie a toujours orienté la politique. Pendrait-il ainsi, discrètement, ses distances à l'égard de l'Iran ? Même s'il est trop tôt pour le dire, il faut en prendre acte, ne serait-ce que pour la lecture des événements à venir.
Sommes-nous pour autant parvenus à la paix ? Le calme, certes, est un bien en soi. Mais le calme est-il la paix ? Qu'il soit permis d'en douter. En tout cas, le calme actuel est le fruit d'une sorte de capitulation politique, en attendant que pointe la véritable paix, celle qui repose sur la justice et un processus démocratique.
La paix qui repose sur la violence, elle, est passagère, comme de nombreux mouvement de libération nationale en témoignent. Et Doha, c'est bien cela. Un accord arraché sous la menace qui substitue aux rapports de force émanant d'élections démocratiques des rapports de force instaurés par la violence.
D'une certaine manière, la visite de Hamad ben Khalifa al-Thani, l'émir de Qatar, au Liban, a complété celle des deux premiers hôtes arabes. L'émirat a mis en branle sa diplomatie, mais il doit en connaître les limites. Il n'y a pas de compromis possible sur la dignité.
Deux petites conclusions. La première est accessoire », mais néanmoins importante : « l'accalmie » laisse entier le dossier sensible des relations entre la Syrie, d'une part, la communauté maronite et les partis représentatifs des chrétiens, d'autre part. Le chef de l'Eglise maronite, en effet, n'a pas été invité à Baabda, et le président du parti Kataëb, l'ancien chef de l'Etat Amine Gemayel, ainsi que les députés de ce parti, ne s'y sont pas rendus.
Or aussi longtemps qu'un véritable rapprochement ne se sera pas produit entre le patriarcat maronite et la Syrie, quelque chose manquera toujours à la « normalisation » en cours des rapports libano-syriens. Et les bons rapports entretenus par le général Michel Aoun avec le régime syrien n'y changeront rien.
Deuxième conclusion : l'accalmie laisse tout aussi entier le dossier du TSL, dont l'acte d'accusation doit paraître « à l'automne », sans précisions de date. Mais là, la partie est autrement plus complexe. Ni l'Arabie saoudite, ni la Syrie, ni même les Etats-Unis ne pourront vraiment entraver la marche de la justice internationale. Des démarches arabes pourraient peut-être retarder la publication de l'acte d'accusation du TSL, mais il semble inconcevable qu'on puisse peser sur le cours de l'enquête ou la détourner.
Pratiquement, si l'acte d'accusation va dans le sens des informations de presse qui circulent, et si de ce fait le Liban pourrait être conduit au bord de la guerre civile, les Libanais vont devoir, peut-être, se contenter de la vérité, à défaut de la justice.


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