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Culture - Rencontre

Les corps domestiques de Rasha Kahil

Graphic designer et photographe, Rasha Kahil expose le corps humain. Elle le domestique. Elle l'immortalise. Dans des instantanés impudiques et drôles à la fois.

Un cliché signé Rasha Kahil.

Elle a tout juste trente ans, Rasha Kahil. Cheveux noirs coupés au carré, yeux de biche couleur menthe à l'eau, peau mate criblée de tatouages, la jeune fille est un mélange savamment dosé entre gothique et romantique. Son look d'artiste branchée pourrait nous induire à penser qu'elle pratique un art trituré et tarabiscoté. Eh bien, pas du tout. Bien que conceptuelle, sa démarche reste accessible au plus commun des mortels.
L'ordinaire? Le banal? Le quotidien? Elle le recherche, le sublime et l'expose, en toute franchise. Sans tabous. Sans artifices. Et sans chichis. C'est son style photographique. C'est elle. Tout simplement.
Il y a six ans, son diplôme en graphic design de l'AUB en poche, Rasha Kahil débarquait à Londres pour poursuivre des études en Communication Art and Design au Royal College of Art. Son projet de diplôme s'articule autour de la photographie, de la vidéo et de l'installation. «C'est ainsi que j'ai retrouvé un vieil amour, la photographie», dit-elle dans un français parfait.
Dans la capitale british, Kahil s'est sentie comme un poisson dans l'eau. Ou plutôt comme du «cream» dans un «cup of tea». En parallèle à ses études, elle a collaboré en tant que graphiste puis comme photographe au magazine culte Dazed and Confused.
Elle a exposé à la Royal Academy of Arts (GSK Contemporary) et au British Film Institute. Elle a également participé à un show collectif à la galerie The Running Horse Contemporary Art Space à Beyrouth.
Si elle considère le graphic design comme son gagne-pain, la photographie lui octroie la possibilité d'accéder à un espace intime de création, de réflexion, à une nouvelle forme d'expression.
Ses thèmes de prédilection? «La dichotomie entre le public et le privé, l'usage du corps comme sujet et objet, et l'introspection autobiographique», écrit-elle sur son site Web (www.rashakahil.com). «Le corps devient un moyen d'explorer les thèmes du déplacement, de l'identité sociale et de leurs manifestations à travers l'activité quotidienne», dit-elle encore.
Loin des bouleversants témoignages du photojournalisme, Rasha Kahil fixe son quotidien. Avec son style, ses objectifs et ses ambitions propres, elle porte un regard singulier sur le monde qui l'entoure. Sa première exposition en solo à Beyrouth porte le titre de «Shameless». Sur le carton d'invitation, ce mot que l'on pourrait traduire par «impudique» ou «effronté» est inscrit en lettres capitales rouges, comme un tampon de la censure.
Pourquoi «Shameless» alors? «Pour faire tomber les barrières que l'on se pose soi-même, déclare l'artiste. Le temps d'un moment fugace. Se laisser aller.»
Voilà. Ce sont ces moments d'abandon - où le social, avec ses règles, ses tabous et ses qu'en-dira-t-on, n'existe plus - qu'elle cherche à capter. Un couple qui s'embrasse dans un sauna géant. Une fille qui fait tomber son soutien-gorge dans un parc public. Un jeune homme qui se lève de son lit en tenue d'Adam. Une autre jeune fille qui se soulage la vessie, accroupie, dans une ruelle sombre. Une autre, complètement nue, qui se cache le visage en faisant la grimace. À côté de ce déballage de «chair fraîche», Kahil a accroché, dans un parallélisme intéressant, une photo représentant un abattoir de bétail.
Dans le travail de Kahil, le voile de pudeur tombe. «Shameless» pourrait alors être traduit par «audace» ou «aplomb». Car l'artiste-photographe ose dire à travers l'objectif ce qui la touche dans le désir, les corps, voire l'acte d'amour. Elle ose montrer le travail produit. Elle ose. Tout simplement. Et elle explore, à l'infini, les thèmes du corps et du domestique. Du corps domestiqué. Et cette nudité qui dérange ou fascine, choque ou attire, gêne ou libère. «Je ne cherche à choquer personne», se défend-t-elle. Elle? Elle ne fait qu'immortaliser des situations quotidiennes. Rendre le privé public. Et chercher le privé dans le public. Capter des instants décisifs et les figer à tout jamais. C'est qui Rasha Kahil, alors? Une chipeuse qui n'arrête pas de chiper.
Elle a tout juste trente ans, Rasha Kahil. Cheveux noirs coupés au carré, yeux de biche couleur menthe à l'eau, peau mate criblée de tatouages, la jeune fille est un mélange savamment dosé entre gothique et romantique. Son look d'artiste branchée pourrait nous induire à penser qu'elle pratique un art trituré et tarabiscoté. Eh bien, pas du tout. Bien que conceptuelle, sa démarche reste accessible au plus commun des mortels.L'ordinaire? Le banal? Le quotidien? Elle le recherche, le sublime et l'expose, en toute franchise. Sans tabous. Sans artifices. Et sans chichis. C'est son style photographique. C'est elle. Tout simplement.Il y a six ans, son diplôme en graphic design de l'AUB en poche, Rasha Kahil débarquait à Londres pour poursuivre des...
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