À l'occasion de la traduction, en français, du récent recueil de poèmes de Abdo Wazen, « La lampe de la discorde », nous reproduisons la préface rédigée par le poète et critique littéraire Jean-Michel Maulpoix.
OLJ /
le 26 juillet 2010 à 00h39
Le Liban est un jardin où la vie meurtrie refleurit obstinément, à l'image de ces hautes roses trémières que je me souviens avoir vues prospérer, non loin des façades trouées par les obus et grêlées de balles de la ligne verte, lors de mon premier séjour à Beyrouth, au printemps 1998. Je retrouve cette vigoureuse et persistante floraison dans les poèmes de Abdo Wazen où le bonheur et la douleur de vivre se côtoient de très près et se lient intimement, sans que jamais la seconde ne parvienne à offusquer le premier. Bien que la « rose de la mélancolie » pousse entre ses mains, le poète refuse la tentation du retournement et résiste au figement d'un regard d'adieux lourd de ressentiments ou de regrets. Il fait face au présent et s'interroge tout haut : « Que reste-t-il ici? » C'est pour répondre aussitôt, avec une grande simplicité, en s'adressant à sa terre, aussi bien qu'à une femme aimée, ou à la poésie même : « La lumière de tes yeux ». Primordial, en effet, est le regard dans cette écriture lyrique où le visible est si présent et où l'écriture se fait à chaque instant travail de l'œil pour se porter garante des liens fragiles entre les mots, les choses, les êtres. Seule à même d'assurer un singulier équilibre entre défaut et plénitude, la poésie suppose de fermer les yeux pour voir et « atteindre un sommeil plus profond que la torpeur du jour ». Elle a partie liée avec les ténèbres et tient la balance égale entre l'obscurité et la lumière, comme entre les fêlures de la voix et la connivence heureuse avec le sensible. C'est pourquoi elle ne se contente pas de chanter les joies ou les tristesses, les espérances ou les regrets, mais constitue un véritable apprentissage de la finitude. Cette parole méditative cherche un juste point d'équilibre et enseigne à consentir à la finitude et à l'ignorance qui sont le propre de notre condition : « Sous le ciel je me tiendrai Prophète qui a perdu sa flûte. » Abdo Wazen n'a pour objet ni d'annoncer l'avenir ni de conduire les foules. Il est celui qui se tient là, aujourd'hui, et qui répond présent sous le ciel. Il prend avec ferveur l'exacte mesure du séjour humain et tient entre ses mains la rose de la lumière en ouvrant pour nous le livre du jour.
Le Liban est un jardin où la vie meurtrie refleurit obstinément, à l'image de ces hautes roses trémières que je me souviens avoir vues prospérer, non loin des façades trouées par les obus et grêlées de balles de la ligne verte, lors de mon premier séjour à Beyrouth, au printemps 1998. Je retrouve cette vigoureuse et persistante floraison dans les poèmes de Abdo Wazen où le bonheur et la douleur de vivre se côtoient de très près et se lient intimement, sans que jamais la seconde ne parvienne à offusquer le premier.Bien que la « rose de la mélancolie » pousse entre ses mains, le poète refuse la tentation du retournement et résiste au figement d'un regard d'adieux lourd de...
Iran - USA - Liban : tout peut changer en quelques heures.
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