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Beeatouna lance le débat sur le danger des équipements électroniques usagés - Environnement

Beeatouna lance le débat sur le danger des équipements électroniques usagés

On les appelle e-déchets ou, plus conventionnellement, déchets électroniques. Ils ne ressemblent pas aux autres car ils ne sont pas destinés à la poubelle, puisque l'usager hésite à s'en débarrasser. Ce qu'il ne sait pas toujours, c'est qu'ils sont dangereux. Qu'en faire ? Ébauche de réponse avec « Beeatouna », une ONG écologique.

Souvent, les déchets électroniques s’empilent dans les maisons et les bureaux.

« J'ai envoyé un ancien ordinateur au fils de mon employée de maison au Sri-Lanka, raconte Anne-Marie, mère de famille. Maintenant, c'est le concierge qui attend qu'on lui en lègue un ! » « Je ne jette strictement jamais mes ordinateurs ou mes téléphones usagés, ajoute Nada, traductrice. Je les revends ou les cède à un revendeur qui saura mieux que moi quoi en faire. »
Comme Anne-Marie et Nada, vous êtes nombreux à ne savoir que faire de vos équipements électroniques devenus désuets ou inutilisables. Il n'existe pas au Liban de solution pour les déchets électroniques, puisque ce pays se débat toujours avec son énorme problème de déchets de tous types, notamment celui des ordures ménagères, en raison des dissensions politiques et des problèmes budgétaires. La réflexion sur les déchets dits spéciaux, notamment dangereux, n'en est qu'à ses premiers balbutiements. La seule inititative officielle évoquée par le ministre de l'Environnement, Mohammad Rahhal, dans une interview récente à L'Orient-Le Jour, consiste à lancer un appel d'offres pour le traitement des piles et batteries, mais le ministre n'a pu fixer un délai pour autant.
Dans ce cadre d'absence d'intérêt officiel, une ONG, « Beeatouna » (« Notre environnement »), a décidé de lancer un projet pour rassembler toutes les parties intéressées et mettre sur les rails une solution à ce problème grandissant. Nadine Haddad, responsable du projet au sein de l'association, précise que ces déchets ne sont pas seulement encombrants, mais bel et bien dangereux. « Le recyclage de tels équipements est extrêmement important, parce que chacun d'entre eux contient plus d'un millier d'éléments toxiques en moyenne (voir encadré), dit-elle. Ces éléments peuvent être nocifs, voire mortels, s'ils se retrouvent en grande quantité dans la nature et que la population y est exposée longtemps et à forte dose. Ils contiennent des métaux lourds et des métaux plus légers, mais néanmoins dangereux. »
Ces déchets sont classés comme « dangereux » et non domestiques. « Si de telles matières se retrouvent dans la nature, elles ont la capacité de polluer le sol, l'eau et même l'air quand elles s'évaporent, explique Nadine Haddad. De plus, n'étant pas des ordures ménagères, leur collecte n'est pas inscrite dans le contrat du gouvernement avec Sukleen, la compagnie chargée par l'État de collecter les ordures ménagères du Grand-Beyrouth et des banlieues. On ne sait donc où ils se retrouvent une fois jetés à la poubelle. »

À la maison ou chez le concierge
Beeatouna a effectué un recensement auprès de 2 500 personnes à qui elle a demandé de remplir des formulaires sur leur comportement vis-à-vis des équipements électroniques en fin de vie. Les résultats sont les suivants :
- 65 % gardent les appareils électroniques usagés chez eux, soit parce qu'ils ne savent pas quoi en faire (la majorité), soit parce qu'ils leur attribuent une valeur financière quelconque et hésitent à s'en débarrasser.
- 19 % en font don sans contrepartie avant qu'ils ne deviennent inutilisables, soit à des proches, soit, très souvent, au concierge qui se retrouve avec une grande quantité d'équipements usagés.
- 9 % les jettent à la poubelle, ce qui soulève la question de savoir quelle est leur destination finale.
- 7 % les revendent.
Nadine Haddad s'étend sur les 9% qui jettent les équipements à la poubelle. « Dans ce cas-là, il existe trois cas de figure, souligne-t-elle. Les déchets peuvent être repris par des vendeurs ambulants, qui les revendent à leur tour à des personnes qui collectent cette sorte de déchets pour en retirer le plastique ou le métal, jetant le reste dans les égouts. Or les matières les plus dangereuses se trouvent dans ce "reste". Les déchets peuvent finir dans les zones rurales. Dans ces régions-là, comme on peut facilement le constater, les déchets de toutes sortes sont le plus souvent incinérés à l'air libre. Les métaux lourds se retrouvent alors dans l'air, affectent la population par voie respiratoire et se tranforment en pluies acides en cas de précipitations. Dans le troisième cas de figure, les déchets sont récupérés par des personnes qui comptent en retirer les câbles qu'elles brûlent afin d'en extirper le cuivre : or le plastique qu'elles incinèrent contient des métaux lourds. »
Dans son recensement, Beeatouna a également demandé aux utilisateurs dans quels délais ils remplacent leurs équipements électroniques. « En dix ans, ce délai est passé de sept ans à trois ans pour les ordinateurs, et de trois ans à un an pour les téléphones portables, explique-t-elle. Les progrès technologiques et les facilités de paiement y sont pour beaucoup. »
Cela signifie que le volume de ces déchets augmente exponentiellement et que le problème s'aggravera avec le temps. Il suffit de savoir que, selon une étude de la Professional Computer Association (PCA), 65 % des Libanais sont des utilisateurs d'informatique et il est prévu que ce taux grimpe à 75 % dans dix ans. L'étude précise aussi que dans la tranche des 18-22 ans, on trouve le plus fort taux d'utilisateurs, 90 %.

Points de collecte
Beeatouna a déjà exécuté un premier programme de sensibilisation au problème des piles auprès des écoles, mettant en place un système de collecte qui a connu un certain succès. L'ONG n'en est donc pas à son coup d'essai. Profitant de son réseau de contacts avec 200 écoles, elle entame son nouveau projet sur les e-déchets par des sessions de formation aux enseignants et une compétition destinée aux élèves, qui ont remis des projets (reportages écrits ou filmés sur les déchets électroniques) souvent très judicieux.
Mais le volet le plus important du projet reste le recyclage lui-même. Où en est l'association ? « Nous ne pouvions demander aux écoles de collecter elles-mêmes les déchets électroniques qui, contrairement aux piles, sont volumineux, explique Nadine Haddad. Pour faciliter la collecte, nous avons décidé d'adopter le système des points de collecte, où nous allons nous-mêmes récupérer les équipements usagés. Nous nous sommes entendus avec 60 points de vente d'équipements électroniques dans toutes les régions, qui ont accepté de devenir des points de collecte pour les usagers. Chacun peut donc, sans être obligé d'acheter un nouvel équipement de l'un de ces magasins, y déposer ses équipements en fin de vie, qui seront stockés jusqu'à notre passage. Les usagers y trouvent leur compte, mais les boutiques aussi, puisqu'elles profitent de cette promotion. »
« Après avoir récupéré ces équipements usagés, l'association répare ce qui peut l'être, poursuit Nadine Haddad. Parfois, nous extrayons les pièces de rechange de certains équipements pour en remettre d'autres à neuf. Pour cela, nous avons conclu un accord avec Microsoft qui nous fournit des logiciels pour ces équipements remis à neuf. Ceux-ci sont destinés à des dons : nous sommes en pourparlers avec le ministère de l'Éducation pour en faire profiter les clubs écologiques des écoles. »

Une sorte de troc
Le reste des déchets électroniques est stocké dans un dépôt loué par Beeatouna, en attendant une solution définitive. Quelles sont les perspectives? « Pour l'instant, nous préparons un document technique sur le traitement des déchets électroniques que nous devons soumettre plus tard au ministère de l'Environnement pour approbation, sans quoi il nous sera impossible d'entreprendre quoi que ce soit, explique Nadine Haddad. En effet, le transport de ces déchets est régi par la Convention de Bâle sur le transport des déchets dangereux, que le Liban a ratifiée. Au final, le plus efficace sera de créer une usine de recyclage. Mais au Liban, il faudra prendre en considération son coût considérable et surtout le fait que nous avons un problème d'économie d'échelle, le pays ne produisant pas assez de déchets pour rentabiliser la construction de l'usine. Peut-être qu'il sera possible de créer une usine régionale pour plus d'un pays. Nous avons déjà fondé un Forum arabe pour la gestion des déchets électroniques, qui pourrait servir de plate-forme pour une telle initiative. En attendant, nous sommes entrés en contact avec plusieurs usines de recyclage en Europe pour leur envoyer les déchets. »
Aujourd'hui, il y a dans le monde la technique nécessaire pour recycler tous ces produits. À titre d'exemple, lorsque les piles rechargeables dans les appareils sans fil ne sont plus utilisées, le nickel, le plomb, le fer et le cobalt qu'elles contiennent peuvent être réutilisés dans la fabrication de piles électriques neuves et d'acier inoxydable. Ce sera d'une pierre deux coups : d'une part, éviter que ces métaux lourds ne se retrouvent dans la nature, d'autre part, réduire la quantité de déchets électroniques et pourvoir l'industrie d'une matière première précieuse et limitée.
Pour en revenir au Liban, qui pourra couvrir le coût de l'envoi des déchets en Europe? « Le système n'est pas encore au point, mais nous aspirons à instaurer une sorte de troc, explique-t-elle. Pour couvrir le coût de la collecte, du transport et du traitement, il faudra, d'une part, des accords avec les sociétés européennes pour qu'elles achètent le matériel usagé, d'autre part, des accords avec des entreprises locales, probablement les banques, qui sont de grands consommateurs de produits électroniques, pour couvrir le reste. Le rôle de Beeatouna sera de coordonner tout cela et de mettre les différentes parties en contact. »
« J'ai envoyé un ancien ordinateur au fils de mon employée de maison au Sri-Lanka, raconte Anne-Marie, mère de famille. Maintenant, c'est le concierge qui attend qu'on lui en lègue un ! » « Je ne jette strictement jamais mes ordinateurs ou mes téléphones usagés, ajoute Nada, traductrice. Je les revends ou les cède à un revendeur qui saura mieux que moi quoi en faire. »Comme Anne-Marie et Nada, vous êtes nombreux à ne savoir que faire de vos équipements électroniques devenus désuets ou inutilisables. Il n'existe pas au Liban de solution pour les déchets électroniques, puisque ce pays se débat toujours avec son énorme problème de déchets de tous types,...