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Culture - Ballet

«Blanche-Neige» ressuscitée à Beiteddine

Un malicieux sens du merveilleux non sans une tranchante pointe de cruauté pour Blanche-Neige, héroïne des frères Grimm, ressuscitée de sa pomme empoisonnée par Angelin Preljocaj, sous le brumeux ciel nocturne de Beiteddine.

Un ballet contemporain, féerique et enchanteur, fastueux et haut en acrobaties, pour un conte loin d’être innocent. (DR)

Disons-le d'office: banalisés, le scandale et l'inadmissible des problèmes de circulation n'émeuvent plus personne. Y compris les responsables. Chacun se justifie et se dore la pilule à sa façon. Comme des boîtes d'allumettes compressées, des centaines de milliers de voitures ont fait un monstrueux bouchon sur l'autoroute du Sud. Raison? On asphalte! Et trois agents, littéralement dépassés, ont «savamment» détourné d'interminables files chauffées à blanc...
On se demande qui est l'entrepreneur stratège, faisant fi de toute une population, pour donner l'ordre des travaux en plein jour, à une heure de pointe, à une cruciale saison où vacanciers et festivaliers sont sur les routes? Qui comptabilise quoi dans ce pays? Résultat: un public chiffonné et exténué débarque tard et le spectacle, annoncé pour 20h30, commence à 21h15. Soit.
Mais Blanche-Neige, dans une version dansée, décapante, compense bien de fatigues et de contrariétés. Le dé d'or de Jean-Paul Gaultier, la somptueuse musique de Gustave Mahler (on espérait quand même avoir une meilleure sonorisation), les décors originaux et amovibles de Thierry Leproust, les pas aériens d'Angelin Preljocaj, le talent de vingt-six danseurs, voilà de quoi servir, copieusement, l'imaginaire de Blanche-Neige, un des plus beaux contes des frères Grimm.
Dans une lecture certes toujours narrative mais décoiffante, audacieuse et moderne. En laissant, avec quelques délicieuses irrévérences, aux images toute leur liberté de séduction, de rêve et de fantaisie.
Ouverture sombre avec une reine tout en noir qui donne vie à une enfant et meurt. Le temps, fuyant partenaire d'une vie, passe vite et la jeune fille se retrouve auprès d'un père un peu rongé par la solitude de son veuvage.
Portée par le mugissement du vent et le cortège du tonnerre et de la foudre, apparaît la marâtre en tenue sadomaso, reine de toutes les intrigues, de toutes les machinations et de tous les désirs.
Et la rivalité entre les deux femmes fait vite étincelle. Suivie de ses chats-gargouilles noirs et obsédée par son miroir conseiller (splendide dans ses reflets troublants et ses images duelles), la marâtre, méchante jusqu'au bout des ongles, se jure de rester l'unique dans le cœur et le désir du roi. Et se prépare l'histoire de cette luisante pomme empoisonnée qu'une sorcière sans cœur offrira à une jeune fille pure.
Dans un duel cruel (superbe pas de deux de deux femmes représentant le Bien et le Mal), l'innocente Blanche-Neige croquera en toute candeur le fruit qu'Ève offrit à Adam. Ses amis, les sept nains, arriveront tout juste pour la mettre dans un cercueil en verre transparent.
Passe le prince charmant et réveille cette beauté endormie, en attente du baiser salvateur qui redonne la vie. Ressuscitée par l'amour, la jeune princesse rejoint le palais paternel où la criminelle marâtre est condamnée à danser, jusqu'à ce que mort s'ensuive, dans des escarpins chauffés au fer rouge.
Un ballet contemporain, à découvrir en famille, féerique et enchanteur, fastueux et haut en acrobaties, pour un conte loin d'être innocent. Sous des dehors d'images lisses ou gracieuses, tout le trouble, la révolte, le non-dit et l'ambiguïté du sexe sont là.
Tout en faisant renaître les personnages et les symboles de cette fiction qui ravit encore jeunes et adultes, Angelin Preljocaj n'en offre pas moins une lecture où émerveillement et cruauté fusionnent à travers une époustouflante technique de la danse. Si les scènes des courtisans à la cour et les ébats des elfes dans la forêt sont un peu mous, d'autres passages sont nettement plus corsés, inédits, prenants, frappants.
L'arrivée de la marâtre dans ses jambières en soie, sa cravache et ses lanières en cuir sur les seins et le sexe, son fielleux dialogue avec le redoutable miroir, la concoction et la présentation de sa funeste pomme ainsi que son érotisme torride à se pavaner et à déambuler sous les spots sont autant de moments électrisants. Un morceau d'anthologie et virtuosité de gestuelle corporelle aussi que les saisissantes roulades des sept nains en mineurs, spéléologues et arpenteurs des montagnes, de même que l'émouvant et fluide duo d'un couple en ébats amoureux quand la jeune fille est corps inanimé et chiffe
inconsistante.
Jamais la danse ne s'est mariée avec la féerie d'un conte avec autant d'élégance, de raffinement, de savoureuse magie et de déconcertante verve. Un moment fabuleux qu'on n'est pas près d'oublier de sitôt.
Disons-le d'office: banalisés, le scandale et l'inadmissible des problèmes de circulation n'émeuvent plus personne. Y compris les responsables. Chacun se justifie et se dore la pilule à sa façon. Comme des boîtes d'allumettes compressées, des centaines de milliers de voitures ont fait un monstrueux bouchon sur l'autoroute du Sud. Raison? On asphalte! Et trois agents, littéralement dépassés, ont «savamment» détourné d'interminables files chauffées à blanc...On se demande qui est l'entrepreneur stratège, faisant fi de toute une population, pour donner l'ordre des travaux en plein jour, à une heure de pointe, à une cruciale saison où vacanciers et festivaliers sont sur les routes? Qui comptabilise quoi...
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