Événements fondateurs: « Le premier est une pancarte qui était affichée dans les années 70 à l'entrée du Musée des arts africains et océaniens, près de là où j'habitais. Elle représentait un escarpin à talon aiguille, barré d'une interdiction pour protéger le parquet des égratignures. Or des escarpins comme celui-ci, on n'en voyait pas à cette époque-là, et je me demandais comment on pouvait interdire quelque chose qui n'existait pas. La pancarte datait des années 50. J'ai compris confusément que tout était dessin et que le dessin avait le pouvoir de faire exister les choses. Quand j'ai vu cet escarpin en vrai pour la première fois, j'avais 11-12 ans. C'était à la foire du trône. J'ai suivi la femme qui le portait et j'ai reçu un coup de pied. L'agresseur était un souteneur et la femme une prostituée...Le deuxième événement a eu lieu au même âge ou un peu plus tard : J'ai vu un film sur les plus beaux cabarets du monde, dont celui du Casino du Liban. Il y avait des artistes du music hall perchées sur des talons vertigineux que je trouvais de toute beauté. Je n'ai pas cessé d'en dessiner par la suite. Le troisième événement a eu lieu à la veille de ma troisième collection. J'examinais à l'atelier un premier prototype pour une fois réussi, mais auquel il manquait quelque chose que je n'arrivais pas à définir. J'ai emprunté le vernis de Sarah, une assistante qui patientait en se refaisant les ongles. Il était rouge, et la chaussure était très pop art. J'en ai repeint toute la semelle, et le résultat était magnifique. Depuis, la semelle rouge est devenue l'identité du soulier Louboutin. Un rouge inspiré de la laque de Chine, très profond et lumineux à la fois. Il habille le noir et exalte toutes les couleurs. »
La certitude du succès : elle m'est venue après le tournant du 11 septembre 2001. Comme nos ventes n'ont presque pas été affectées par le choc, j'en ai conclu que la maison était solide et qu'elle survivrait à n'importe quoi.
Pantoufle de vair ? Le vair est un petit rongeur dont la fourrure était très prisée aux XVe et XVIe siècles. Mais je crois personnellement que le soulier imaginé par Perrault pour Cendrillon était un soulier de cristal. Difficile d'imaginer une charentaise de fourrure comme symbole de séduction ! Et puis la fourrure est souple; en forçant un peu, n'importe quelle prétendante aurait pu y glisser le pied. Alors que le cristal ne peut s'adapter qu'à la forme autour de laquelle il a été coulé. Le conte de fées est définitivement le lieu privilégié du rêve et de la magie, même et surtout pour les adultes. C'est d'ailleurs le thème de la collection Louboutin de l'automne-hiver 2010-2011.
Érotisme : contrairement à ce que l'on croit, ce n'est pas le talon aiguille qui donne sa charge érotique au soulier, mais la cambrure que celui-ci inflige au pied et qui évoque la jouissance. En revanche, la vertu du talon haut est d'avoir donné à la femme la possibilité de regarder l'homme dans les yeux...

