Odean Pope au milieu de son orchestre. Photo D.R.
C'est la voix chaude de Kevin Mahogany qui s'est élevée en premier sous les colonnes de Baalbeck, accompagné de son quintette : Tony Lakatos au saxophone ténor, Thomas Ruckert au piano, Henning A. Gailing à la basse et Sangoma Everett à la batterie. Reprenant des grands classiques de blues et du jazz - sa tournée 2010 est dédiée à John Coltrane -, jouant de sa voix comme d'une basse et avec la basse d'ailleurs, laissant ses musiciens déployer leur talent dans des solos impressionnants, Mahogany a charmé le parterre par sa performance et sa générosité.
Originaire de Kansas City, dans le Missouri aux États-Unis, considéré par le magazine américain Newsweek comme le chanteur de jazz le plus remarqué de sa génération, celui qui s'est dédié au chant « par frustration », car le saxophone ne pouvait pas suivre les solos imaginés dans sa tête, a joué avec la musique et avec le public pendant près d'une heure, soutenu par ses musiciens impeccables et enthousiastes. Le public a ainsi pu voir la baguette du batteur Sangoma Everett s'envoler à la fin de sa performance sur Route 66.
Odean Pope et son « All Star Odean's List » nonet ont suivi : Eddie Henderson et David Weiss à la trompette, Terrence R. Brown au saxophone ténor, Joseph Sudler au saxophone baryton, George Burton au piano, Lee Smith à la basse, Jeff « Tain » Watts à la batterie et, en invité spécial, James Carter, au saxophone ténor. Six instruments à vent jouant de concert dans le cadre féérique de Baalbeck, l'effet était à couper le souffle. Dans son costume à carreaux et derrière ses lunettes noires, Pope a dirigé son ensemble comme un véritable chef d'orchestre, alternant les solos et les musiques groupées. Un solo de bassiste, Lee Smith, lui a permis d'exprimer tout son talent (malgré la musique de la fête voisine qu'on pouvait entendre à travers les ruines) et quelques solos d'un James Carter en transe ont époustouflé le public par les sons qu'il faisait sortir de ses saxophones. Odean Pope, lauréat du prix « Best Tenor Saxophone Player » au North Sea Jazz Festival, est considéré comme le père fondateur du jazz saxophone à Philadelphie. Compositeur, arrangeur et éducateur, il a travaillé pendant vingt ans avec Max Roach, à qui il a dédié une des compositions de la soirée. Plus technique, d'un jazz plus poussé, la musique de Pope n'a pas séduit tout les festivaliers de Baalbeck. Mais ceux qui sont restés ont pu apprécier le talent du groupe, qu'ils ont gratifié d'une longue standing ovation à la fin du concert.

