L'attaque a été perpétrée à Yakaghund, un village du district tribal de Mohmand, non loin de la frontière afghane et l'un des bastions des talibans pakistanais et de combattants étrangers d'Al-Qaïda, a indiqué par téléphone à l'AFP Maqsood Ahmed, un haut responsable de l'administration locale.
Un kamikaze a précipité sa moto contre le bureau de l'administration locale au moment où des handicapés patientaient dans une file d'attente pour percevoir un fauteuil roulant, a expliqué à la presse le responsable du bureau, Rasool Khan. "J'étais la cible, ils ont voulu me tuer mais je n'étais pas au bureau, par chance", a-t-il assuré.
"Il y a eu 47 morts", a-t-il affirmé, ajoutant que le kamikaze, à moto, a fait exploser sa bombe devant le bureau.
Des sources policières et hospitalières parlaient de dizaines de blessés.
"Le bureau de l'administration a été endommagé, tout comme un mur de la prison et plusieurs détenus sont parvenus à s'échapper", a précisé M. Ahmed. Au moins 28 se sont évadés, essentiellement des délinquants, selon la police locale.
"L'explosion a été très violente, plusieurs bâtiments et des boutiques près du bureau de l'administration se sont effondrés", a notamment déclaré un officier de l'armée qui a fait boucler le périmètre.
"Les gens hurlaient, il y avait des morceaux de corps partout", a témoigné par téléphone Raj Wali, un employé de la voirie de 23 ans.
Le Mohmand est l'une des places-fortes du Mouvement des Talibans du Pakistan (TTP), principal groupe d'insurgés islamistes au Pakistan.
Le TTP, qui a fait allégeance à Al-Qaïda dès sa création en décembre 2007, est, avec des groupes qui lui sont liés, le principal responsable d'une vague de quelque 400 attentats --suicide pour la plupart-- qui a fait près de 3.500 morts dans tout le pays ces trois dernières années.
Les zones tribales du nord-ouest, frontalières avec l'Afghanistan, sont le fief des talibans pakistanais, le principal sanctuaire d'Al-Qaïda dans le monde, et la base arrière des talibans afghans.
Le gouvernement a promis cette semaine, sans toutefois en fixer la date, une conférence nationale pour améliorer la lutte antiterroriste après un double attentat suicide qui a fait 43 morts et plus de 170 blessés il y a une semaine dans un mausolée très fréquenté abritant le tombeau d'un saint de l'islam soufi à Lahore, dans l'est.
Les talibans avaient nié être à l'origine de cette double attaque, assurant qu'ils ne visaient que l'armée, la police et les autorités dans leur campagne d'attentats.
Le 28 mai déjà, plus de 80 personnes avaient péri à Lahore dans les attaques simultanées menées par des kamikazes lourdement armés de deux mosquées d'une secte très minoritaire de l'islam, les ahmadis, durant la grande prière du vendredi.
Washington considère les zones tribales pakistanaises comme le principal sanctuaire d'Al-Qaïda et la "région la plus dangereuse du monde".
La CIA y mène une intense campagne de tirs de missiles par ses avions sans pilote drones, qui a tué de nombreux combattants islamistes (talibans pakistanais et afghans) et cadres du réseau d'Oussama ben Laden, mais aussi des civils selon les militaires pakistanais.

